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Le Courrier de l'environnement n°28, août 1996

la relation à l'animal en milieu urbain

la nature dans la ville : la place de l'animal
Les blattes en milieu urbain
Le chat dans l'habiter urbain


Les blattes, hôtes de nos maisons (encadré)
Références bibliographiques


[R] la nature dans la ville : la place de l'animal

Les représentations de la ville et la recherche urbaine accordent de manière générale une faible place à la dimension naturelle. Toutefois, l'émergence d'une demande de nature de la part des citadins, dans un contexte où sont formulées de nombreuses interrogations concernant la qualité de vie en ville ou encore le développement de la ville comme mode d'habiter, donne l'occasion à la recherche de poser, de manière directe, une question jusqu'à présent insuffisamment travaillée : quelle est la place idéelle et matérielle de la nature dans la ville ? La question a deux versants qui doivent être instruits parallèlement et en leur accordant le même poids : d'une part, un versant physique et matériel objectivé par les disciplines qui l'analysent qu'est ce que la nature en ville, quelles spécificités, quelles natures ? - et, d'autre part, un versant culturel allant jusqu'au subjectif quelle est la relation des citadins à la nature, au naturel urbain tant sur le plan des représentations que des pratiques ?
Malgré l'ampleur et la difficulté de la question, des chercheurs de l'axe "interaction systèmes naturels/systèmes sociaux"du laboratoire Strates, ont entrepris d'interroger les relations des citadins à la nature. Il s'agissait alors de vérifier l'hypothèse du bien-fondé théorique de la réintroduction de l'analyse des rapports sociétés/nature dans la géographie urbaine et de mettre en oeuvre la démarche interdisciplinaire postulée nécessaire pour appréhender la complexité de ces rapports impliquant le niveau des représentations et celui des faits.
Pour ce faire, nous nous sommes consacrés à l'étude de la relation à l'animal en milieu urbain. En effet, d'une part, les recherches en géographie urbaine aujourd'hui comme hier sont rares en ce domaine et, d'autre part, l'animal n'est jamais abordé comme faisant partie de la nature en ville. Or, nous pensons que l'essor des problèmes d'environnement doit conduire le géographe à élargir son champ d'investigation à cette dimension naturelle peu abordée par les disciplines de la ville mais contribuant au caractère de l'espace urbain. Il nous a donc paru nécessaire de sortir des sentiers battus du végétal, du site et de la situation.

Nous examinons ici les principaux résultats des recherches que nous avons menées jusqu'ici et qui s'inscrivent dans le cadre d'un programme intitulé La nature dans la cité :
- les résultats et les limites d'une recherche menée avec des écologues sur Les blattes en milieu urbain dans trois tours de la ZUP Sud de Rennes (Rivault et al., 1995) ;
- les premiers résultats d'une recherche en cours Les chats dans l'habiter urbain où la collaboration avec des écologues a permis de confronter des hypothèses émises lors de la recherche sur la blatte à un autre type de rapport homme-animal, dans un quartier de Lyon, la Croix-Rousse (Blanc, 1996).

[R] Les blattes en milieu urbain  

En réponse à l'appel d'offres "la ville au risque de l'écologie", une équipe pluridisciplinaire associant les écologues de Rennes, spécialistes d'une espèce d'insecte qui vit uniquement en milieu urbain, Blattella germanica, à des géographes du laboratoire Strates soucieux de la réintroduction de la question de la nature dans la géographie urbaine, engagea en 1993 une recherche interdisciplinaire intitulée "les blattes en milieu urbain. Les écologues travaillaient sur la maîtrise des populations de blattes dans des immeubles collectifs de la ZUP Sud de Rennes. Ayant très vite formulé l'hypothèse que le rapport homme-blatte avait une importance décisive dans l'inégale réussite des désinsectisations, ils firent appel à des chercheurs en sciences sociales pour traiter des aspects humains de ce problème. Pour les géographes, l'analyse des représentations et des pratiques à l'égard d'une espèce dont le"milieu naturel" est urbain est apparue comme une occasion de mettre à l'épreuve leur ambition de réintroduire la dimension naturelle dans la géographie urbaine.
Un des résultats les plus intéressants de cette recherche a été de montrer que la blatte est un indicateur objectif et subjectif de l'habiter en ville. Cet animal suscite unanimement la répulsion et le dégoût. Mais les représentations les plus extrêmes dans leur négativité (les blattes viennent des étrangers, des immigrés, des voisins) ou de l'ordre du fantasme (la relation à la saleté, la présence d'un nid...) se rencontrent chez les personnes qui rejettent l'habiter en HLM et l'habitat collectif auxquels ils associent la blatte. D'autre part, si les représentations sont uniformes, les pratiques de lutte sont très diverses et font partie d'une relation plus globale au mode d'habiter. En effet, les habitants les plus soucieux de désinsectisation et les plus efficaces dans l'éradication des blattes ne sont pas systématiquement ceux qui en ont le plus grand dégoût ou qui en sont le plus infestés.
L'analyse des pratiques et des représentations vis-à-vis de cet insecte met en évidence la combinaison de différents facteurs dans l'explication du mal-être qu'il provoque : la relation à la blatte intègre une relation au milieu de vie, des relations sociales, des relations à l'animal... La blatte cristallise un mal-être social mais également un mal-être urbain et renvoie donc aussi bien au statut social qu'à l'urbanité. Il constitue un indicateur d'une crise de l'habiter urbain dans la mesure où le sentiment de vivre difficilement se reporte sur lui. Mais le rapport à cet insecte intègre aussi une catégorisation extérieure : il est intériorisation d'une identité négative.
Pour ce qui est de la mise en évidence des représentations de la nature via le rapport à cet animal et, par extension, via des questions sur ce que les habitants des tours entendaient par la nature dans la ville et hors de la ville, les résultats de l'enquête sont souvent surprenants. En ce qui concerne les représentations qu'on se fait des cafards et les pratiques de lutte qu'on met en oeuvre contre eux, leur animalité et leur  "naturalité"ne paraissent jouer que de manière indirecte. Leur animalité, par exemple, contribue essentiellement à renforcer leurs caractères d'."infamie sociale".
La blatte est nature essentiellement pour les biologistes et les écologues. Elle ne l'est pas ou peu, ou pas encore, dans les représentations du milieu urbain. La blatte peut être qualifiée de nature non désirée ou même parfois n'est pas associée à la nature. La nature désirée a une place, un lieu, qu'elle enrichit de manière positive, qu'elle définit par l'ensemble de pratiques qu'elle autorise (le parc, la rivière, etc.). La blatte est sans place et sans lieu, elle ne définit pas un endroit, sinon de manière négative. Elle permet de voir qu'un animal involontairement introduit dans la ville n'appartient pas toujours au naturel. L'analyse des représentations de la nature à travers la relation des habitants à cet animal confirme donc une coupure entre ville et nature et la persistance d'une idée de la ville comme lieu de l'artifice, comme milieu technique. C'est l'espace de la maîtrise et de la technique au point que certaines espèces vivantes transportées en ville deviennent des intrus et des "mutants"et perdent leur naturalité.
Mais la ville est aussi le lieu de la dégradation au point qu'une nature associée à une  propreté naturelle, un ordre, un calme"ne puisse y exister. L'ensemble de ces représentations et de ces pratiques s'accorde avec la description d'un lieu de vie où la nature présente signifie ordre, calme et volupté. Les enquêtes confirment donc que le fait d'habiter en milieu urbain intervient dans la manière dont on y désigne la nature. Celle-ci reste avant tout associée à la campagne, aux animaux sauvages des parcs, à la possibilité de sentir les phénomènes naturels, si bien que les espaces verts qui entourent les tours ne sont pas considérés comme renvoyant à la nature. Il y a bien des natures rêvées et des natures  "objectives"de par leur construction scientifique, ce qui complique l'analyse de la nature en ville. D'ailleurs, l'intérêt des écologues pour cette espèce urbaine, la blatte, en tant que nature marque peut-être alors le déplacement de la question des rapports homme-nature.

Pourtant, malgré ces résultats intéressants (1), l'approche des rapports sociétés/nature en ville par la relation habitants-de-HLM/blattes se heurte à des limites. En effet, le travail a eu pour cadre un type d'habitat très marqué et ne permet pas de savoir comment les relations sociétés/nature sont vécues dans différents quartiers d'une ville. En outre, les cafards provoquent des réactions fortes et singulières. Le chercheur est de ce fait conduit à privilégier l'analyse du mental et du social sans parvenir à l'articuler aux autres dimensions naturelles (le végétal, les phénomènes physiques par exemple), ni sur le plan des représentations, ni sur celui des faits. Les représentations qui sont associées à la blatte, mêlant de manière étroite rapports sociaux et rapports à l'habiter, ne renvoient pas clairement aux rapports des urbains à la nature et aux pratiques urbaines de nature sinon de manière négative ou très complexe. L'analyse de la relation à la blatte ne permet qu'une lecture en creux de la nature dans la cité. Le "modèle" blatte, dans la relation homme/animal, constitue-t-il alors un bon choix pour étudier la nature dans la cité ?

[R] Le chat dans l'habiter urbain    

Nous avons alors voulu faire varier certaines des données du terrain d'étude pour tenter de répondre à cette question. Mais comme pour les blattes, nous désirions maintenir le cadre interdisciplinaire (géographe/écologue) dans lequel nous conduisions notre recherche car il ne peut y avoir de bonne compréhension des interactions entre pratiques et représentations de la nature en ville sans une bonne connaissance de la dynamique du système écologique.
Tout d'abord, nous étions parvenus à la conclusion que l'animal indésiré ne participait pas de la nature en ville dans les représentations. Nous pensions donc qu'il était important d'étudier la relation à un animal plus proche de l'homme, en tant que mammifère, que ne l'était la blatte et un animal support éventuel de relations affectives dans certains contextes. Nous formulions alors l'hypothèse que l'animal désiré pouvait faire partie de cette nature. L'étude de la relation homme/chat nous a paru pertinente dans la mesure où ce mammifère qui peut être approché, caressé, et devenir un compagnon familier de l'être humain dans le logement, peut aider à préciser la relation homme/nature.
Ensuite, l'étude de la relation homme/blatte nous avait amené à relier l'espace domestique, espace de l'intrusion de l'animal, à l'espace collectif, celui du voisinage, influencé par le quartier. Nous pensions que l'étude du chat, tantôt animal de compagnie à la maison, tantôt chat errant en dehors, nous contraindrait à examiner d'autres représentations et pratiques de l'espace domestique mais surtout qu'elle nous ferait observer les pratiques vis-à-vis de l'animal dans l'espace public.
Enfin, nous voulions évaluer le degré de maîtrise des populations animales en ville, dont notre travail sur les cafards nous avait montré un aspect. Mais si les blattes sont des animaux indésirables partout et a fortiori dans l'espace domestique, le chat est bien admis et même désiré dans l'espace privé et indésirable pour certaines personnes dans l'espace public : ce sont des gens particuliers qui agissent vis-à-vis de lui, selon des logiques spécifiques à cet animal et à sa présence en milieu urbain. Les pratiques individuelles ou collectives pour interdire sa présence, limiter ses déplacements et réduire ses effectifs seront soumises à de multiples controverses alors que l'éradication des blattes bénéficie d'un consensus complet. De toute manière, cette opposition entre animal désiré et animal non-désiré renvoie aux politiques de surveillance et de maîtrise des animaux en ville, aux questions d'hygiène et de santé publique.
Nos premiers résultats montrent l'extrême complexité de la relation entre l'homme et le chat, qui tient à l'ambiguïté de la présence et du rôle de ce dernier en ville, compagnon domestique et félin errant. Les représentations que les gens ont de cet animal ne sont pas les mêmes selon les lieux dans lesquels il se trouve, mais tous s'accordent sur l'importance du sujet et répondent volontiers à l'enquête.
Le chat joue de multiples manières un rôle social. Qu'il soit domestique ou errant, au delà de la tendance qu'on a à s'en occuper, le chat est un moyen vivant de structurer sa vie dans l'espace. Il permet l'occupation ou la fréquentation de certains lieux. Il donne à penser ces endroits. De plus, la présence de chats errants informe de la qualité du lieu : " un immeuble à chats, c'est un immeuble où il y a des gens spéciaux, généralement d'un milieu modeste, car les chats dans la rue, c'est selon le standing du quartier"ou "Les chats dans le quartier, c'est sympa, ça donne de la vie. En effet, il ressort que le chat, ou l'animal dans la rue, témoigne qu'il y a de la vie dans un milieu qui n'est pas toujours accueillant :  "les animaux dans le quartier, c'est important, c'est vivant, cela enlève l'angoisse, cela calme et cela repose" ou "les animaux, cela met la joie dans la ville". Mais le chat apporte aussi aux lieux une image positive par le rôle utile, de chasseur de souris, qu'il joue à la campagne, à l'intérieur comme à l'extérieur. Si à l'intérieur, il a comme rôle d'accompagner l'être humain, de fournir une présence, de permettre une relation, à l'extérieur, au-delà du fait qu'il marque le lieu, il est réputé éliminer rats et souris, qui sont plus nuisibles que les chats ; ainsi il s'inscrit dans une chaîne alimentaire naturelle, bénéfique pour la qualité de la vie en milieu urbain


Blatella germanica
adulte et oothèque

Les résultats de l'enquête sur la relation homme/chat à Lyon comme ceux de notre étude des blattes à Rennes montrent que la relation à l'animal en ville fait partie d'un rapport plus global au mode d'habiter et participe au bien-être des habitants.
D'autre part, l'animal, qu'il soit non-désiré ou désiré, ne renvoie que partiellement à l'idée de nature en ville. A l'issue de notre enquête sur les cafards, nous pensions savoir que l'animal volontairement introduit dans l'espace urbain, et a fortiori dans l'espace du logement, renvoie à l'idée de nature. Notre étude de la relation homme/chat infirme cette hypothèse. Aujourd'hui, l'animal en ville est nature essentiellement pour les écologues et les spécialistes des sciences de la vie. Sinon, il ne peut l'être que dans la mesure où il est associé à d'autres éléments de nature qui ont une étendue dans l'espace urbain, comme les parcs. L'idée de ville renvoie à l'artifice au point que les espèces vivantes animales introduites en ville ne conservent pas dans les représentations leur qualité de nature ; l'animal en ville redevenu un peu sauvage, échappant au contrôle de l'homme, devient plus  "nature", selon une gradation qui reste à déterminer. Mais ceci n'est que partiellement vrai pour la blatte, puisqu'il est admis que son milieu de vie est urbain et qu'elle échappe aux pratiques de lutte. Différent des mammifères, l'insecte dans la ville renvoie au fait qu'il n'est pas introduit volontairement et que sa présence, de toutes manières, ne peut être maîtrisée. Le fait qu'il soit ou non l'objet de pratiques de lutte n'entre pas en ligne de compte dans sa . L'appartenance de l'insecte à l'idée de nature dépend de la répulsion qu'on éprouve à son égard, mais également des lieux dans lesquels on le trouve. Ce rapport de répulsion fait de la blatte une saleté, quelque chose qui n'a pas sa place en ville, soit qu'elle renvoie à la ville comme un univers sale, où elle marque les lacunes de l'hygiène et de la maîtrise imparfaite des indésirables, soit qu'elle constitue un élément déplacé dans un univers humain propre, s'éloignant de la nature, extérieure à la ville. De toute manière, la blatte, qui renvoie à l'idée de saleté ne peut être associée à l'idée de nature. Comme nous l'avons dit, son "animalité"contribue essentiellement à renforcer son caractère d'"infamie sociale, et ne lui permet pas de devenir nature, à la différence du chat. Il ressort alors de nos enquêtes que l'idée de la plus ou moins grande indépendance de l'animal vis-à-vis du contrôle que l'homme exerce sur lui et le rapport de répulsion envers l'animal contribuent à l'élaboration du classement de ce qui est nature en ville. Mais cette affirmation doit être nuancée : le type de pratique de contrôle contribue peut-être à l'idée qu'on se fait de l'animal comme nature. Dans le cas de certains parcs, les pratiques de contrôle ne paraissent pas affecter la qualité de nature qui leur est attribuée. La ville "dénature"peut être beaucoup plus l'animal que le végétal bien que celui-ci puisse être affecté, comme nous l'avons vu.
Du point de vue de la méthode, l'interdisciplinarité mise en oeuvre plus particulièrement dans l'étude de la relation homme/blatte et appliquée notamment à l'étude des pratiques de contrôle a confirmé que la relation homme/espèce animale urbaine ne peut être vue du seul point de vue biologique et a permis de comprendre que l'histoire d'une espèce dans un lieu donné n'est pas séparable de l'histoire de l'appartement et de ses occupants, de leurs relations avec les voisins mais aussi de leur place dans la société globale et locale de l'immeuble, de l'espace public, de ses gestionnaires. L'étude des pratiques de contrôle, en faisant intervenir l'histoire et la géographie du lieu, permet donc bien de comprendre la manière dont les acteurs contribuent à la production du milieu urbain .


[R] Les blattes, hôtes de nos maisons

Il n'y a plus de sortie
Plus de jour entre les maisons
A chaque fenêtre une blatte dort
Le bonheur a pris la mort pour enseigne
Paul Eluard - La barre d'appui, au présent.

Connues aussi sous les noms de cafard, ravet, cancrelat ou barbarote, dont on connaît environ 4 000 espèces, les blattes sont des insectes vivant en majorité dans les régions tropicales.
Indépendamment de l'humus, des blattes vivent dans la litière végétale et sous les écorces, milieux sombres, relativement humides et chauds, et tranquilles.
Les blattes domestiques de nos contrées, originaires des pays chauds, ont été introduites au cours des derniers siècles. Chez nous elles sont entièrement inféodées aux bâtiments chauffés. Les espèces fréquemment rencontrées sont au nombre de quatre. Deux ne dépassent pas 15 mm à l'état adulte et sont de couleur jaune paille : la blatte germanique et la blatte des meubles ; deux autres de plus de 20 mm sont de couleur brun sombre : la blatte orientale et la blatte américaine.
Toutes ces blattes sont nocturnes et omnivores s'attaquant aussi bien aux denrées alimentaires qu'aux produits manufacturés comme papier ou textiles.
La plus courante, la Blatte germanique (Blatella germanica) se cache le jour dans les fissures près des endroits où la température est élevée (tuyauterie de chauffage, radiateurs...). La femelle confectionne une capsule brune, l'oothèque, dans laquelle les oeufs sont disposés et qu'elle transporte à l'extrémité de son abdomen jusqu'à la sortie des jeunes. A la température des maisons le développement de l'oeuf à l'adulte dure près de six mois. Cette blatte est grégaire et le regroupement est favorisé par une phéromone d'agrégation rejetée avec les excréments.
Cette espèce fréquente principalement les boulangeries, les restaurants, les hôpitaux et...nos cuisines. Elle peut endommager les aliments en les rongeant mais surtout en les souillant de ses déjections et en les imprégnant d'une odeur désagréable. Ces blattes se déplacent facilement et sont souvent transportées avec les marchandises.
La Blatte rayée ou des meubles (Supella longipalpa), la plus récemment importée en Europe, est vraisemblablement d'origine africaine. Elle recherche sécheresse et hautes températures qu'elle trouve, par exemple, derrière radios, télévision et autres appareils émettant de la chaleur. Ses oothèques sont déposés dans des abris cachés.
La Blatte orientale (Blatta orientalis) fréquente aussi des lieux chauds. La femelle abandonne son oothèque dans des endroits obscurs après l'avoir porté quelques jours.
La Blatte américaine (Periplaneta americana), qui peut atteindre plus de 30 mm, abonde surtout dans les bateaux d'où elle se répand dans les ports et s'établit dans les entrepots. Elle prospère dans les emplacements chauds et humides comme les serres. Elle semble difficilement s'acclimater dans les villes de l'intérieur.
La lutte contre les blattes est difficile vu la facilité avec laquelle elles se propagent. On répand des insecticides dans les endroits qu'elles fréquentent (poubelles, vide-ordures, gaine de chauffage...). Dans les immeubles seule une lutte collective est efficace, qu'il est préférable de confier à des entreprises spécialisées.

Pour en savoir plus : H. Mourier, J. d'Aguilar, 250 animaux et insectes hôtes cachés de nos maisons, Delachaux et Niestlé.

Jacques d'Aguilar


[R] Note
(1) Lire à ce propos: A propos des blattes urbaines: le dialogue interdisciplinaire mis à l'épreuve, par Nicole Mathieu, Nathalie Blanc, Colette Rivault et Ann Cloarec, à paraître dans Natures, sciences et sociétés. [VU]

[R] Références bibliographiques

Blanc N., 1996. La nature dans la cité. Thèse (dir. N. Mathieu), univ. Paris-I. SL chez l'auteur, 400 pp.
Guillerme A., 1991. De l'humide au sec ou à la fin des saisons. Les annales de la recherche urbaine, 53, 40-45.
Jollivet M. (dir.), 1992. Les passseurs de frontières. Sciences de la nature, sciences de la société. CNRS, Paris, 1992, 589 pp.
Levy J.C., 1992. La ville dans la nature : quelles recherches sur l'environnement urbain ? Actes du colloque national d'écologie urbaine, 27-28 septembre 1991, Mions (Rhône). Univ. Claude-Bernard Lyon-1, Villeurbanne, pp. 220-225.
Mathieu N., 1992. L'environnement dans la géographie urbaine actuelle : diagnostic et perpectives. Actes du colloque national d'écologie urbaine, 27-28 septembre 1991, Mions (Rhône). Univ. Claude-Bernard Lyon-1, Villeurbanne, pp. 124-131.
Mathieu N., 1992. Géographie et interdisciplinarité : rapport naturel ou rapport interdit ? In M. Jollivet : Les passeurs de frontières. Sciences de la nature, sciences de la société. CNRS, Paris, pp. 130-154.
Mathieu N., Blanc N, Rivault C., Cloarec A., 1996. A propos des blattes urbaines : le dialogue interdisciplinaire mis à l'épreuve. (à paraître dans Natures, Sciences et sociétés).
Pinchemel P., Pinchemel G., 1988. La face de la terre. Armand Colin, Paris, 519 pp.
Rivault C., Blanc N., Cloarec A., Mathieu N., 1995. Les blattes en milieu urbain, Plan urbain, SRETIE, 130 pp.

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