Bibliographie : Courrier n°42, février 2001

On a lu, on a vu, On signale (Livres, Rapports, comptes rendus, thèses, Périodiques, Documents, plaquettes, dossiers, albums..., Autres médias, In extremis), Textes.
Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°42 ; Les ressources bibliographiques du Courrier


[R] On a lu, on a vu

Recréer la nature : Écologie, paysage et société au marais d'Orx (par Jacques Lecomte) ; Agriculteurs et paysages : Dix exemples de projets de paysage en agriculture (par Jean-Pierre Deffontaines) ; RAMSES 2001 (par Pierre Marsal) ; Accès de tous à la connaissance, Présentation du cadre de vie, Amélioration de la santé, Trois enjeux (par Henry-Hervé Bichat) ; OGM, le vrai et le faux (par Pierre Guy) ; Insectes, araignées et autres arthropodes terrestres (par Jacques d'Aguilar)

[R] Recréer la nature : Écologie, paysage et société au marais d'Orx, par Nacima Baron-Yellés
2000, Éditions Rue d'Ulm/Presses de l'École normale supérieure, Paris.

L'auteur, maître de conférences à l'université de Marne-la-Vallée, a choisi comme sujet d'étude et de réflexion une zone humide située dans les Landes, dans une cuvette entourée par des dunes et des coteaux.
L'intérêt de ce marais, d'une superficie d'environ 1 000 ha, tient au fait que son histoire est bien connue. Elle peut se résumer en trois grandes étapes : l'état antérieur sous forme de zone humide, l'assèchement et la mise en culture, enfin, la remise en eau et l'attribution d'un statut de réserve naturelle.
Ces trois étapes permettent un certain nombre de réflexions. Pour commencer, l'auteur cite les travaux des analystes récents qui démontrent que l'assèchement des marais a été essentiellement la conséquence d'une terreur quasi religieuse inspirée par ce type de milieu et les citations ne manquent pas pour appuyer cette thèse.
Pour ma part, je considère que la mise en avant de cette thèse a eu l'utilité de mettre en position délicate nos modernes "assécheurs" mais qu'elle doit être accompagnée d'un examen objectif des avantages et des inconvénients des marais.
Ainsi l'existence du paludisme autour de nos zones humides est un fait bien documenté bien que sa disparition soit sans doute plus liée aux progrès de l'hygiène et de l'alimentation qu'au drainage. En fait, les documents réunis par l'auteur donnent à penser que l'assèchement issu progressivement de la volonté royale avait pour conséquence de retirer aux habitants le droit d'usage au profit d'autres usagers, "les villageois s'opposent vigoureusement à cet assèchement, qu'ils perçoivent comme une spoliation".
En 1697, un ingénieur accepte d'assécher le marais d'Orx, à condition de garder la moitié de la superficie en propriété. Je veux bien admettre la dominance de l'approche hygiéniste opposée à l'obscurantisme des habitants, mais reconnaissons que cette approche était loin d'être désintéressée. Dans le même temps, les habitants voisins semblent très attachés à un marais aquatique qui, pour eux, est source de revenus. Malheureusement pour eux, les savants éclairés du XVIIIe siècle se liguent contre eux.
Les hygiénistes persistent et sont renforcés par les "physiocrates" qui prônent le développement agricole, la culture du maïs et autres progrès. Finalement, l'Assemblée constituante engage, par décret, en 1790, l'assèchement de tous les marais du territoire national. L'Empire édicte ensuite une loi sur l'assèchement des marais et le marais d'Orx est inscrit au code des dessèchements en 1817.
Le marais, d'ailleurs, se défend bien et coûte de plus en plus cher aux spéculateurs. Il coûte cher aussi aux riverains qui sont régulièrement déboutés par les tribunaux quand ils viennent faire valoir leurs droits. Enfin, en 1858, Napoléon III achète le domaine d'Orx, au prix dérisoire de 310 000 F, aux enchères il est vrai. Le domaine est confié au comte Walewski et, à sa mort en 1868, racheté par l'État pour un million de francs ! L'auteur accorde à Walewski et à ses successeurs des motivations sociales qui, à mon avis, sont accompagnées de spéculations personnelles.
Le discours public continue à être très moralisateur : "La civilisation a fait son entrée dans ce district reculé des Landes", écrit en 1883 le géographe Elisée Reclus. Ensuite, c'est la course à la modernisation et à l'intensification agricole et la faillite survient dans les années 1970, se concrétisant par un arrêt définitif de l'exploitation en 1984. Mais, de toute manière, en 1984, les ambitions agronomiques s'éteignent et on a oublié aussi les avantages que les riverains tiraient de l'exploitation des ressources naturelles.
Le marais, abandonné par l'agriculture, fait alors l'objet d'autres intérêts. Dès 1983, on y définit une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique. En particulier, la richesse ornithologique ne cesse de se développer. Dans un contexte que l'auteur tente de nous décrire et sur lequel nous reviendrons, le Conservatoire du littoral, avec l'aide d'une ONG, fait l'acquisition en 1989 de près de 800 ha. Cette acquisition, grâce au programme alors défini, aboutit, au classement en réserve naturelle, en 1995.
Sur un plan technique, la réhabilitation des étangs d'Orx posait bien des problèmes, qui sont loin d'être résolus. Les essais d'agriculture intensive laissaient une charge importante en fertilisants, facteur d'eutrophisation. Les effluents d'une usine polluante devaient être éliminés. Un remodelage de la surface nécessitait de déplacer 200 000 m3 pour diversifier le milieu. Enfin, un choix devait être effectué pour déterminer les zones d'eau libre et celles ayant un caractère plus palustre.
La réussite, appréciée sans doute de manière différente par divers observateurs, ne sera certainement pas évidente avant de nombreuses années. Déjà, on peut noter des incidents de parcours, par exemple l'invasion des eaux libres par une plante exotique, la Jussie.
Mais cette observation ne se passe pas sans intervention de différents débats d'idée. Le "contexte" auquel je faisais allusion. Il y a ceux qui pensent que "recréer" la nature est faire œuvre de falsificateur. Il y a ceux qui proclament que tout espace laissé à lui-même retourne tôt ou tard à l'état naturel et qu'il n'y a pas lieu d'intervenir. Il y a aussi les controverses concernant le tourisme et sa légitimité en milieu dit "naturel". Nacima Baron-Yelles expose avec soin ces différentes controverses mais ne prend pas partie.
Elle termine son ouvrage sur un phrase un peu sibylline : "L'alternative est, au fond, entre les mains des citoyens : à eux de déjouer les pièges du mouvement qui se joue sous leurs yeux et d'en saisir toutes les chances". Je ne m'engagerai pas plus loin que l'auteur dans ce lourd débat. Je pense en fait qu'une réflexion basée sur des études historiques et géographiques de cette qualité peut apporter de quoi alimenter nos réflexions, ce dont nous avons, tous, souvent besoin.
Jacques Lecomte

[R]  Agriculteurs et paysages : Dix exemples de projets de paysage en agriculture, par Régis Ambroise, François Bonneaud, Véronique Brunet-Vinck
2000, Éducagri Éditions, Dijon, 207 p.

L'ouvrage est un plaidoyer clair, pédagogique et convaincant pour associer aux projets agricoles, qui s'inscrivent dans un mouvement de développement durable, des projets paysagers.
Cette initiative, d'un agronome et de deux paysagistes, est des plus opportunes au moment où, suite à la loi d'orientation agricole et à la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement durable du territoire de 1999, se mettent en place, avec les difficultés inhérentes à toute innovation, les contrats territoriaux d'exploitation (CTE). Elle apporte une base réflexive et propose un mode de raisonnement et une démarche à la fois collective et individuelle pour construire un projet paysager.
L'ouvrage s'inspire d'une étude sur l'expérience des plans de développement durable (PDD) lancée à l'initiative de la Direction de l'espace rural et de la forêt du ministère de l'Agriculture et de la Pêche, avec la participation de l'Association nationale pour le développement agricole (ANDA), de l'Union européenne, du Centre national pour l'aménagement des structures des exploitations agricoles (CNASEA) et d'associations.
Il est structuré en deux parties. La première décrit et analyse l'émergence d'une dynamique récente qualifiée dans la préface de Dominique Voynet et Jean Glavany de " culture agronomique paysagère ". La seconde développe une méthode d'analyse de dix situations choisies en divers lieux du pays où se construisent un parti et un projet paysager en relation avec l'agriculture.
Un rappel historique montre l'importance, à certaines périodes, d'une pensée paysagère dans les projets agricoles. Elle était l'expression d'une société (on constate, par exemple, l'existence de véritables contrats territoriaux d'exploitation au XIXe siècle). Cette pensée était aussi présente dans les travaux de chercheurs et de praticiens qui participaient à l'émergence progressive d'une science agronomique. C'est le cas du Théâtre et Mesnage des Champs d'Olivier de Serres. Depuis la dernière guerre, les paysages agricoles ont essentiellement subi les lois de la productivité, entraînant leur banalisation, leur simplification, leur fermeture.
Ce qui fonde le renouveau d'un courant de pensée paysager, c'est la prise de conscience que le paysage, empreinte de l'histoire et de l'activité humaine, est chargé de valeurs culturelles, écologiques, économiques et techniques, et qu'il crée un lien entre le matériel et l'immatériel du réel qui nous entoure.
En agriculture, les PDD ont été à l'origine d'une mise en expérience de ce courant en préconisant des approches globales de l'évolution des exploitations. Plutôt que d'une contrainte pour le praticien, le paysage est vu comme un atout pour l'agriculture. On retrouve dans ce propos la dualité fondamentale du paysage, à la fois outil pour connaître et objet produit, perçu, vécu, qu'il convient de mettre en valeur. Dans le premier sens de moyen de connaissance, les auteurs développent l'intérêt de l'analyse paysagère pour améliorer les diagnostics à l'échelle de la petite région et de l'exploitation. Les diagnostics résultent d'une mise en relation de points de vue divers sur le paysage auquel correspondent des approches sensibles géomorphologiques, écosystémiques, agro-historiques, économiques et sociologiques.
Dans la seconde acception, le paysage est facteur et produit des systèmes de production. Les composantes du paysage sont alors "intégrées" aux systèmes de culture et d'élevage dans une perspective de viabilité économique, environnementale et paysagère. L'arbre, l'eau et la pierre sont introduits, avec la diversité de leurs inscriptions dans l'espace, dans le raisonnement agronomique.
Mais le paysage est aussi l'expression visible par tous d'une profession, une sorte de vitrine. Il est donc un atout pour donner et améliorer une image de l'agriculture.
Ouvert au public, le paysage devient communication. Comment réaliser cette ouverture sans compromettre le fonctionnement des processus biotechniques en cause dans l'activité de production de biens alimentaires ? Il y a là une invitation pressante à associer agriculteurs, agronomes et paysagistes pour élaborer une théorie et une pratique des liens entre qualité des produits, qualité des paysages et qualité de l'accueil.
La seconde partie de l'ouvrage est une mise à l'épreuve des observations, réflexions et propositions qui précèdent dans l'analyse de dix expériences engagées dans un PDD de 1993 à 1998. Elle se présente sous forme de dossiers. Ceux-ci décrivent une démarche qui combine diverses approches territoriales : le niveau micro-régional et celui de l'exploitation, le diachronique (dynamiques passées et projets) et le synchronique (paysages actuels). Ils juxtaposent des formes très variées de représentations territoriales (photographies, cartes, blocs diagrammes, dessins) et de typographies.
Chaque dossier est composé d'un regard sur la petite région où s'inscrit le PDD (les entités paysagères, les projets et politiques paysagères, l'histoire du paysage) et d'un regard sur une exploitation du PDD (son territoire, les enjeux et son projet paysager).
Le dossier conclut sur le "parti paysager" proposé par les paysagistes ou choisi par l'agriculteur. L'itinéraire méthodologique est proposé comme une base de travail à adapter à chaque situation.
Les petites régions concernées sont : la Petite Woëvre, le Saonois, les Vosges du Nord, le pays de la Châtre, la vallée de l'Authion, le Vallespir Conflent, le Pays de Caux, le Comtat Venaissin et le Val d'Agout. Les exploitations présentent, en dominante ou en combinaison, les activités de culture, d'élevage, d'horticulture, de forêt et de tourisme.
Pour illustrer cette partie, je retiendrai le dossier des Vosges du Nord dont le sous-titre est Redonner de la lumière aux vallées. Un premier volet présente les caractères originaux des Vosges du Nord associés à une carte (sans échelle !). Le second volet, intitulé Un paysage refermé suite au déclin industriel, localise sur un bloc diagramme l'extension de la forêt, la disparition des chemins, l'isolement des hameaux. Quatre photos illustrent cette fermeture. Suit une lecture du paysage de la vallée de la plaine selon les quatre rubriques de la pierre, de l'arbre, de la terre et de l'eau. Pour chacune, à un texte court, correspond une photo et une maquette du paysage. Trois doubles pages complètent l'approche micro-régionale avec localisation des initiatives diverses visant à "redonner de la lumière à la vallée" (défrichages, échanges de parcelles, plans de gestion forestière, aménagements divers et actions de sensibilisation et de formation) et à recenser les réglementations et outils pour une politique du paysage (plans et chartes du paysage, cartes postales et observatoires photographiques).
Ces volets, participant au diagnostic paysager de la vallée, présentent un cadre d'analyse paysagère à une exploitation : "une clairière dans les épicéas". L'exploitation, de 13 ha, base son activité sur l'accueil à la ferme ; chevaux, lapins et volailles sont pour la table d'hôte, les chèvres pour une méthode originale de débroussaillage. La complémentarité entre production agricole et accueil est génératrice d'un paysage ouvert et soigné. Le parti paysager qui est de créer un nouvel espace de lumière dans la vallée se traduit par un projet agricole qui associe sylvo-pastoralisme avec agro-tourisme. Chaque action dans les exploitations de déboisement et de remise en état des prairies y participe.
Cela ne se fait pas sans difficultés et le dossier montre les ponts à créer entre des projets de "forêt durable" et des projets "d'agriculture durable".
Basé sur l'analyse de réalisations exemplaires d'agriculteurs novateurs, pour qui le paysage doit correspondre à des options explicites et non seulement à la simple résultante de choix techniques, l'ouvrage de Régis Ambroise, François Bonneaud et Véronique Brunet-Vinck est une base de réflexions et un remarquable outil de travail.
Jean-Pierre Deffontaines

[R] RAMSES 2001, par Thierry de Montbrial et Pierre Jacquet (dir.)
2000, publié par Dunod pour l'Institut français des relations internationales (IFRI), Paris, 374 p.

RAMSES : Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies.
La nouvelle édition des rapports annuels de l'IFRI reprend l'organisation du RAMSES 2000 en présentant l'actualité internationale suivant deux approches complémentaires. La première est consacrée à l'analyse des grandes tendances mondiales (perspectives à la fin du millénaire, mondialisation, innovation, exclusion, gestion des ressources mondiales, souveraineté et gouvernance), la seconde fournit un certain nombre de repères thématiques sur l'année écoulée, sous la forme de cartes, de panoramas, de références chronologiques ou statistiques.
Parmi les nombreux chapitres de la première partie, au moins deux d'entre eux attirent notre attention. Dans l'un d'entre eux intitulé Environnement : les enjeux du prochain siècle (pp. 77-114), Dominique Dron observe que certains enjeux environnementaux concernent l'avenir de l'ensemble de la planète et la stabilité politique de plusieurs zones du globe. La croissance économique moderne conduit à des impasses en de nombreux domaines. En premier lieu, le changement climatique, dû à l'accentuation de l'effet de serre, laisse présager des conséquences, encore incertaines mais sans nul doute inquiétantes. Malgré les engagements pris à Kyoto en 1997, en application de la Convention des Nations unies sur le changement climatique de Rio (1992), les tendances actuelles de la consommation d'énergie "déboucheront, d'ici 20 à 40 ans, sur plusieurs sortes de crises entre lesquelles nous devrons choisir : le risque climatique, la pénurie alimentaire, les tensions pétrolières, les accidents nucléaires". Seconde nuisance de notre mode de développement contemporain, les extinctions massives de nombreuses espèces vivantes, essentiellement dues à la destruction de leurs écosystèmes. Troisième problème relevé par l'auteur, des atteintes renouvelées à la santé des humains par la dégradation de leur environnement (eau polluée, transferts de virus et de bactéries par les moyens de transports, résistances aux antibiotiques et aux produits phytosanitaires, effets éventuels des métabolites de dégradation des toxines secrétées par certains OGM, polluants atmosphériques, etc.) : "[…] pour la première fois en 1999, davantage de personnes seront mortes à cause d'une eau insuffisante ou polluée que par les armes".
Le problème ainsi posé est celui du développement durable, prôné en particulier dans la déclaration de Rio. "Il s'agit en fait d'une nouvelle façon d'approcher la gestion des affaires humaines, d'une morale étayée par des observations scientifiques et fournissant des principes d'action". Au nombre de ceux-ci, figurent le principe de précaution et la responsabilité collective vis-à-vis des biens communs, vitaux pour l'humanité, dans une prise de conscience de ce que la planète Terre constitue un tout marqué par l'interdépendance. Concrètement, le débat porte sur la façon de gérer de façon optimale ces biens communs : ou bien en faisant confiance au marché, selon la tradition anglo-saxonne, individualiste et jurisprudentielle, ou bien en faisant obéir les comportements à une règle commune sur la base d'un statut patrimonial universel, plus dans la logique latine, communautariste et réglementaire. Une chose semble sûre en tout cas : malgré leur intérêt opérationnel, les outils économiques proposés ne sont pas neutres et induisent de nombreux biais dans l'orientation des choix politiques. Leur application au champ de l'environnement ne recouvre pas tous les enjeux collectifs complexes de ce domaine. Domaine qui, pour de multiples raisons évoquées par l'auteur (notamment la lenteur de l'évolution des phénomènes environnementaux), a pendant longtemps été délaissé.
La mondialisation renforce l'interdépendance environnementale, ce qui apparaît aux yeux de l'opinion à l'occasion d'un certain nombres de crises récentes (accidents pétroliers, vache folle, etc.). Dans ce contexte s'explique le succès et l'expansion du principe de précaution ; s'explique aussi la confrontation de la logique territoriale des États-nations avec la logique de "chasseurs-cueilleurs" des acteurs nomades (les détenteurs des capitaux et des pouvoirs économiques).
En conclusion, pour Dominique Dron, le pire et le meilleur sont également possibles, "le pire […] finissant par entériner sous un alibi scientiste la loi de la jungle et l'eugénisme ; le meilleur, avec la reconnaissance de la pluralité du vivant et d'un nécessaire partage équitable de l'usage de la planète".
L'avenir des politiques agricoles (pp. 115-131) est signé par Bertrand Hervieu, Hervé Guyomard et Jean-Christophe Bureau. Il réussit en un nombre de pages réduit à expliquer de façon claire et précise le fonctionnement complexe et les enjeux des politiques agricoles. "Est-ce la fin annoncée des politiques agricoles ?" se demandent dès l'abord les auteurs. Ils constatent que, dans les pays développés, l'agriculture apparaît de plus en plus comme un secteur économique comme les autres : même les pays les plus protecteurs de leur agriculture ont été dans l'impossibilité de la soustraire à la discipline générale du GATT. Cette banalisation économique s'accompagne d'une banalisation culturelle. En principe donc, dans tous les pays, le désengagement de l'État se manifeste. Pourtant, à la lecture de ce texte, certains pourront apprendre avec surprise qu'une des raisons avancées en faveur de la réforme de la Politique agricole commune européenne (PAC), le poids de son coût budgétaire, était trompeuse : le soutien public à l'agriculture est resté pratiquement le même, non seulement dans l'Union européenne, mais aussi dans la quasi-totalité des pays de l'OCDE. Seulement les modalités d'intervention ont changé : le soutien grâce à des aides directes financées par le contribuable s'est substitué à l'aide par le soutien des prix.
Ces dix dernières années ont donc été marquées par la forte pression exercée dans les négociations internationales sur le commerce, pour la remise en cause des instruments traditionnels des politiques agricoles et pour la remise en cause de l'intervention de l'État. Dans cette logique, la réforme de la PAC de 1992 a conduit à la diminution du soutien par les prix et la compensation des baisses induites de revenu par des aides directes assises sur les facteurs de production terre ou cheptel. L'Agenda 2000 de 1999 a accentué cette évolution de la baisse des prix garantis compensés par des aides directes, afin de réduire les subventions de fait à l'exportation des produits agricoles. Cette évolution devrait se poursuivre et se durcir dans le cadre des négociations multilatérales du cycle du Millénaire. Sous couvert de favoriser le commerce mondial en limitant les mécanismes de protection à l'entrée des frontières, en réduisant les barrières tarifaires et non tarifaires, c'est le mécanisme européen des prix garantis qui a été démantelé ; mais les États-Unis, qui n'étaient pas moins interventionnistes que l'Europe, ont eu l'habilité politique de ne pas faire mettre en cause leur propre système d'aide sous forme de crédits à l'exportation et de mesures d'aide alimentaire.
Dans le contexte, irréversible semble-t-il, de l'élimination progressive des subventions à l'exportation, se pose la question de la légitimité de l'intervention publique. "Plusieurs pays défendent la position selon laquelle les politiques agricoles de soutien contribuent à générer une agriculture multifonctionnelle qui, en plus de la production des biens, contribue également au maintien et au développement de l'emploi, à l'aménagement du territoire, à la préservation des ressources et à la protection de l'environnement". C'est d'ailleurs dans cette problématique que se situe la Loi d'orientation agricole française (loi du 9 juillet 1999). Partant du constat que les dépenses agricoles de l'Union européenne à 15 représentent encore aujourd'hui plus de la moitié du budget communautaire, les auteurs examinent en détail les principaux objectifs assignés aux politiques agricoles, leur pertinence et leurs limites : le soutien des revenus agricoles, la stabilisation des marchés, la sécurité alimentaire, le développement rural, la fourniture de biens publics...
Ils tentent alors de répondre à leur question liminaire sur l'avenir d'une politique agricole commune. Pour eux, son inévitable inflexion ne signifie en rien la fin de la politique agricole. " Face aux nouvelles attentes de la société, l'État est seul en mesure de mettre en place les incitations nécessaires pour que soient rémunérés efficacement les services environnementaux et territoriaux produits par les agriculteurs ". Il doit aussi garantir la sécurité des citoyens, relever les défis posés par l'émergence de nouveaux problèmes ou l'apport de nouvelles technologies... Quatre principes doivent dorénavant guider la politique agricole européenne : stabiliser, protéger les consommateurs, rémunérer la fourniture d'aménités et de biens publics, réorienter le secteur vers un modèle agricole européen multifonctionnel et accepté par nos partenaires commerciaux.
En conclusion, "les objectifs, les méthodes et, peut-être demain les sommes allouées, vont se modifier. Néanmoins, les politiques agricoles vont rester une pièce maîtresse des politiques publiques".
Bien d'autres chapitres de cet ouvrage présentent un égal intérêt. Citons, entre autres, L'eau au XXIe siècle : enjeux, conflits, marché (Pierre-Alain Roche, pp.79-93).
Pierre Marsal

[R] Accès de tous à la connaissance - Présentation du cadre de vie - Amélioration de la santé
Trois enjeux
2000. Rapport de l'Académie des sciences à M. Le Président de la République, Tec & Doc, Paris.

Le développement durable et la recherche
En 1987, le Président de la République a demandé à l'Académie des sciences un rapport pour éclairer l'opinion publique sur trois des principales questions que pose l'évolution de la société à l'orée du XXIe siècle, à savoir : l'accès de tous à la connaissance, la préservation du cadre de vie et l'amélioration de la santé. En janvier 2000, l'Académie a présenté ses réponses dans un ouvrage clair, agréable à lire et plein de bon sens.
Mais, bien entendu, cet ouvrage de haute vulgarisation peut aussi susciter des débats. Pour ma part, je souhaiterais intervenir sur la partie qu'il consacre à la préservation du cadre de vie.
1) Le développement durable et le principe de précaution
Si, incontestablement, le rapport Brundtland (1987) sur le développement et l'environnement a popularisé le concept de développement durable, ce n'est pas lui qui l'a inventé. Il a été conçu dans la mouvance des travaux du Club de Rome. Personnellement, je l'ai rencontré pour la première fois au cours des années 1970 à l'occasion des débats provoqués par la "Révolution verte". Faut-il rappeler que, sous cette appellation, a été popularisé, notamment par Borlaugh dont la personnalité charismatique a été honorée par l'attribution d'un prix Nobel de la Paix, l'impact des variétés à haut potentiel de production créées après la Seconde Guerre mondiale par des fondations américaines Ford et Rockefeller dans des centres, dénommés centres internationaux de recherche agronomique (IRRI pour le riz, CIMMYT pour le maïs...). Ces créations variétales ont permis de faire reculer le spectre de la faim dans de nombreuses régions asiatiques. Mais on s'est vite aperçu qu'elles ne pouvaient être pleinement productives qu'à condition de leur donner de l'eau et des engrais en abondance et de les protéger avec beaucoup plus de soin que les variétés traditionnelles. En conséquence, elles n'ont pu s'implanter en dehors des grandes vallées alluviales et, même dans ces régions privilégiées, elles ont été critiquées car fortes consommatrices de ressources naturelles limitées. D'où le concept de "sustainable development" créé par les économistes chargés d'examiner les difficultés rencontrées par la Révolution verte pour remettre en cause une approche "tout génétique", concept qui, débouche aujourd'hui, sur celui de "révolution doublement verte" prenant davantage en compte les contraintes environnementales. Ainsi, le développement durable est une expression qui date déjà d'une trentaine d'années.
La définition du principe de précaution de la Loi Barnier, que le rapport reprend à son compte ("L'absence de certitude, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable" n'est pas la seule possible.
Il semble plus pertinent de partir de l'idée (d'ailleurs reprise dans le rapport) qu'il n'y a pas de technologie sans risque (absence de risque zéro). Celles qui sont utilisées dans la vie quotidienne se caractérisent par un rapport favorable entre les biens et les services qu'elles procurent et les risques qu'elles comportent (exemple : l'auto, l'avion...).
Lorsque apparaît une nouvelle technologie, le principal problème est donc d'apprécier ses atouts et ses risques et d'être capable de conduire un débat collectif pour conclure à son adoption ou a son rejet, à partir d'une analyse comparative en termes de coût/bénéfice par rapport aux technologies existantes.
Or, on peut classer les risques liés à l'adoption d'une nouvelle technologie en deux catégories : certains sont suffisamment connus pour faire l'objet d'un calcul de probabilité, nécessaire à la clarté du débat sur son éventuelle adoption ; d'autres ne sont pas connus, parce que les données les concernant n'existent pas (exemple : l'impact à long terme sur l'environnement des plantes transgéniques) ; on peut parler alors d'incertitude. Le principe de précaution ne concerne que ce deuxième type de risque. Il débouche sur :
- des mesures de précaution ;
- pendant un certain temps, temps strictement nécessaire pour que la science comble son retard en produisant les connaissances nécessaires pour sortir de l'incertitude où l'on se trouve ou, autrement dit, pour que les risques potentiels puissent être suffisamment cernés pour faire l'objet d'un calcul de probabilité.
Le principe de précaution est donc par nature une mesure limitée dans le temps pour permettre de rassembler les données nécessaires aux consensus collectifs concluant dans la transparence à l'adoption ou au rejet d'une nouvelle technologie.
2) La recherche fondamentale et le long terme
La recherche fondamentale a des effets de longue durée lorsqu'elle débouche sur une grande découverte (exemple : les travaux de Pasteur). Mais elle ne porte pas nécessairement sur des objets de longue durée. Inversement, les programmes qui s'intéressent à des phénomènes sur de longues périodes ne relèvent pas tous de la recherche fondamentale.
Cette distinction est d'autant plus importante selon que l'on travaille ou non sur des données dont le recueil est conditionné par le facteur temps.
Il faut avoir conscience que les règles de la compétition scientifique ont des effets pervers à cet égard. En effet, du fait de la célèbre maxime "publish or perish", les disciplines qui, dans un même organisme, offrent à leurs spécialistes la possibilité de publier davantage que les autres (biologie moléculaire vs systèmes écologiques) leur donnent davantage de possibilités pour progresser : en un mot, elles sont plus "rentables". C'est une des explications de la situation actuelle où, dans certains domaines, il y a un véritable hiatus entre les attentes de la société et les connaissances scientifiques.
Reprenons le cas des plantes transgéniques qui est un bon exemple de cette situation.
Leur développement - 12 ans pour passer des premiers plants transgéniques aux premières variétés commerciales - a surpris :
- les biologistes moléculaires qui pensaient que cela irait beaucoup plus vite ;
- les agronomes qui estimaient que la résolution des problèmes que posait cette nouvelle technologie prendraient plus de temps.
De fait, la recherche a avancé vite dans certains domaines (méthodes de transformation, processus de régénération, fabrication de variétés). En revanche, peu de travaux ont été réalisés sur d'autres thématiques (transport et dissémination des pollens et des graines, effets des systèmes de cultures sur les flux génétiques, stabilité des résistances transgéniques) qui impliquent des pas de temps beaucoup plus longs. Il en résulte que l'on manque des résultats fiables pour répondre aux questions des écologistes.
Le même constat peut être fait en ce qui concerne la mise au point du schéma des services collectifs des espaces naturels et ruraux de la loi Voynet : par exemple, il y a très peu de connaissances scientifiques sur les réseaux écologiques.
3) Le développement durable et les territoires
Le rapport de l'Académie des sciences confirme l'observation précédente puisqu'il a réussi l'exploit de traiter de la préservation du cadre de vie sans parler de territoire (sinon en incidente, p. 107, à propos de la biodiversité). Certes le rapport traite de telle ou telle partie des territoires, mais de manière éclatée : l'eau, la biodiversité, la biologie du développement...
Or, comme le tout n'est jamais la somme des parties, il en résulte un discours sage (par exemple, sur les nitrates) mais incohérent (par exemple, la biodiversité est traitée à deux endroits différents de l'ouvrage sans lien apparent entre eux), car le territoire est une réalité incontournable qui existe en dehors de la ville, de la santé, de l'énergie. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant puisque parmi les auteurs du rapport, il n'y a aucun spécialiste de la gestion des territoires : ce sont tous des maîtres dans telle ou telle discipline qui ont élargi leurs réflexions à l'occasion de cet ouvrage.
Or, les territoires rencontrent de nombreux problèmes liés entre eux qui résultent, en particulier, de l'impact durant plus de cent années des révolutions industrielle et pastorienne : il y a bien sûr la qualité des eaux, l'effet de serre et la biodiversité, mais aussi l'augmentation du volume des boues et déchets, la montée des maladies des plantes (en moyenne une maladie nouvelle par an et par grand type de production) et des organismes résistants... Ce qui nécessite des apports scientifiques beaucoup plus large que ceux - fondamentaux - de la biologie moléculaire et cellulaire et de la modélisation.
En ce qui me concerne plus particulièrement, je regrette vraiment que la production agricole et forestière, qui concerne 85% du territoire national avec ses effets positifs (ils ne sont jamais évoqués) et négatifs, n'ait été abordée qu'en creux.
En conclusion, si on sait le lire, ce rapport fait en vérité l'état de la science aujourd'hui face aux problèmes que rencontre la société. Je souhaiterais qu'il provoque une réelle prise de conscience de la part de la communauté scientifique pour éviter que le divorce que certains regrettent entre la société et la science ne s'approfondisse encore. Si l'Académie des sciences veut continuer à apporter sa contribution aux débats de société - il faut l'espérer en raison de son autorité -, il paraît nécessaire qu'elle s'ouvre de plus en plus aux disciplines dont l'objet est moins analytique et davantage systémique.
Henry-Hervé Bichat

[R] OGM, le vrai et le faux, par Louis-Marie Houdebine
2000, Éditions du Pommier, 200 p.

Louis-Marie Houdebine est un biotechnologiste connu du monde scientifique pour ses travaux et des médias comme pourfendeur des anti-OGM. Son livre traduit bien sa pensée. L'avant-propos et de nombreux chapitres rassemblent ou commencent par une idée reçue, parmi celles que les biotechnologistes et les organismes attribuent aux citoyens, en caricaturent leur opinion, leurs questions : "Les OGM sont pas bons à manger", "Les manipulations génétiques ne respectent pas la nature". "Les chercheurs se prennent pour Dieu", "Les OGM ne vont rien apporter aux pays pauvres" "Le maïs transgénique contenant un gène de résistance aux antibiotiques va nous rendre nous-mêmes résistants !" Claire Marris, dans son étude sociologique, a clairement mis en évidence ce syndrome atteignant les biotechnologistes, perdant leur prudence et leur objectivité dès que l'on parle OGM.
Heureusement, cette attitude évolue rapidement et Louis-Marie Houdebine modulerait pro-bablement ses propos (datés de septembre 2000) aujourd'hui.
Il est bon pédagogue dans les domaines qu'il connaît bien, la technique de transgenèse, les mécanismes du vivant, la vache folle et l'approche éthique des manipulations du vivant. Il est médiocre dans les domaines scientifiques qu'il connaît superficiellement. Non, la sélection des plantes et des animaux ne repose pas sur le tri de mutations spontanées ; non, la sélection s'intéresse en réalité plus aux fonctions complexes - rendement, adaptation - qu'aux gènes, elle repose sur l'usage de la recombinaison entre caractères. Non, il n'est pas possible de réobtenir une race, une variété disparue ; tout individu, comme toute race est unique, nous pouvons seulement accentuer des phénotypes approchants. Le problème de la création de variétés de colza (plante allogame, adventice, apparentée à des espèces sauvages et cultivées) est un vrai problème agronomique étudié, établi, souligné par des malherbologistes, des généticiens des populations, qui ne sera pas résolu par l'utilisation d'un autre désherbant. Nous avons toujours peu d'espoir d'améliorer le rendement potentiel des plantes, car le système photosynthétique a peu de variabilité.
En agriculture, ce n'est pas la plante résistante à la sécheresse qui est intéressante (la nature sait faire, il suffit de regarder nos murs, les déserts…), l'enjeu est de trouver des plantes qui consomment moins d'eau pour produire le même pourcentage de matière sèche et, là encore, il y a peu d'espoirs d'obtenir des résultats rapidement.
L'ouvrage apporte des informations techniques intéressantes, quelles que soient ses positions ; il serait plus convaincant si ses jugements étaient plus nuancés, plus équilibrés.
Pierre Guy

[R] Insectes, araignées et autres arthropodes terrestres par George Mc Gavin
2000, éd. Bordas, Paris, 256 p
.

C'est le dernier sorti d'une collection de qualité dont nous avons signalé, à plusieurs reprises, les titres. Après les champignons (1998), les étoiles et les planètes (1999), voici dans le même esprit et dans la même présentation les insectes et autres arthropodes terrestres (Crustacés, Arachnides, Myriapodes).
C'est un survol de cet ensemble animal qui représente à lui seul plus d'un million d'espèces décrites (les trois quarts des espèces vivantes sur le globe). Les insectes proprement dit, l'écrasante majorité dont on connaît près de 1 000 familles différentes, sont les plus diversifiés quant aux formes et aux comportements.
Cet ouvrage, grâce à des clefs d'identification simplifiées, permet de reconnaître les grands groupes qui sont ensuite passés en revue. Ainsi bon nombre de familles sont présentées avec des exemples empruntés tant à la faune européenne qu'exotique. À ce propos, rappelons que pour un ordre, les Lépidoptères, un tome de la collection lui est entièrement consacré et compte plus de 300 pages. C'est ainsi que la famille des Sphingidae est ici caractérisée par deux espèces tandis que 21 sont représentées dans Les Papillons.
Cela souligne le but de ce livre qui veut permettre à un grand public de mieux situer la place d'un spécimen dans ce vaste embranchement et de donner un aperçu de leur diversité.
Jacques d'Aguilar


[R] On signale : LIVRES

Oiseaux et mammifères auxiliaires des cultures
2000, éd. CTIFL, 203 p.

Écoute le bois parler
2000, éd. AMCB, 266 p.

Éliane Fustec, Jean-Claude Lefeuvre (dir.) : Fonctions et valeurs des zones humides
2000, éd. Dunod, 426 p.

Chantal Richardeau : Les aides à l'environnement pour entreprendre
2000, éd. SAP, 279 p.

Isabelle Bourdial (dir.) : La flore et la faune
2000, éd. Larousse 144 p.

Suzanne de Cheveigné : L'environnement dans les journaux télévisés
2000, CNRS Éditions, 161 p.

Henri Tachet (dir.) : Invertébrés d'eau douce
2000, CNRS Éditions, 588 p.

Le Limousin côté nature
2000, éd. Espaces naturels du Limousin

Michel Baridon : Les jardins
1999, éd. Robert Laffont, 1 233 p.

Nicole Garnier-Pelle : André Le Nôtre (1613-1700) et les jardins de Chantilly
2000, éd. Somogy, 119 p.

Robert et Antoinette Sauvezon, Christian Sunt : Châtaignes et châtaigniers
2000, Edisud, 167 p.

Frédéric Blanchard : Guide des milieux naturels : La Réunion - Maurice - Rodrigues
2000, éd. Eugen Ulmer, 384 p.

Roland de Miller : Robert Hainard
2000, éd. Sang de la terre, 416 p.

Code de l'environnement
2000, EJO, 445 p.

Pierre Cassier, Jacques Bohatier, Charles Descoins, Patricia Nagnan-Le Meillour : Communication chimique et environnement
2000, éd. Belin, 256 p.

Bernard Loyer : 100 traces et empreintes faciles à voir
2000, éd. Nathan, 158 p.

Gilles-Eric Séralini : OGM : le vrai débat
2000, éd. Flammarion (coll. Dominos), 128 p.

Sylvie Fayet-Scribe : Histoire de la documentation en France
2000, CNRS Éditions, 313 p.

Paul Benkimoun : La peur aux ventres
2000, éd. Textuel, 151 p.

François de Beaulieu : Les Bretons et leurs animaux domestiques
2000, éd. Coop Breizh, 128 p.

Livre blanc sur la prévention des déchets
2001, éd. FNE, 144 p.

Isabelle Bourdial (dir.) : La vie et l'écologie
2001, éd. Larousse, 144 p.

Jean-Pierre Dupuy : Les savants croient-ils en leurs théories ?
2000, INRA Éditions (Sciences en questions), 133 p.

Petites bêtes du jardin
2000, éd. Usborne, n.p.

Guide des jardins botaniques
2000, éd. Le Carrousel, 208 p.

Philippe T. Dubois, Pierre le Maréchal, Georges Olioso, Pierre Yésou : Inventaire des oiseaux de France
2000, éd. Nathan, 397 p.

Hubert Delobette : Ce pays des étangs
2000, éd. Presses du Languedoc, 118 p.


[R]  On signale : RAPPORTS, COMPTES RENDUS, THESES

Roland Douce (dir.) : Le monde végétal
2000, AS-RST n°10, 220 p.

L'eau, l'agriculture et l'environnement
2000, éd. CFE, 99 p.

Christian Amatore (dir.) : La chimie analytique
2000, AS-RST n°6, 186 p.

Avis et rapports du Conseil économique et social

La formation : une nécessité pour accompagner les changements dans les exploitations agricoles
2000, EJO, 3 p. Rapport présenté par Christophe de Rycke.

Les causes et les conséquences du naufrage du pétrolier Erika : un an après
2000, EJO, 35 p. Avis présenté par Charles Fiterman, Catherine Battut, Daniel Tardy, Jean Moulin, Michel Muller et Gilbert Capp.

Le suivi de l'effet de serre
2000, EJO, 93 p. Avis présenté par Jean Gonnard et Frédérique Rastoll.

La réforme de la politique de l'eau
2000, EJO, 172 p. Avis présenté par René Boué, rapporteur, Francis Vandeweeghe et Claude Miqueu, rapporteurs pour avis.

Éducation relative à l'environnement
2000, vol. 2, éd. FUL/UQM, 232 p.

Conséquences scientifiques, juridiques et économiques du protocole de Kyoto
2000, éd. Tec et Doc., 76 p.

Éric Rigolot et Michel Costa (dir.) : Conception des coupures de combustible
RCC n°4, décembre 2000, 154 p.

Agriculture et environnement
Ingénieries, n°spécial 2000, 110 p.

Philippe Jouve, Marie-Claude Cassé (dir.) : Dynamiques agraires et construction sociale du territoire
2000, éd. CNEARC, 171 p.

Où sont les déchets radioactifs en France ?
2000, éd. ANDRA, 646 p.

Martine Bergues, Corinne Boujot, François-Xavier Trivière (dir.) : Marais et zones humides
Æstuaria, n°1, 2000

Le problème du ruissellement agricole et viticole
2000, éd. AVP, 24 p. + annexes

Le Café des sciences et de la société
2000, éd. SICOVAL, n.p.

Histoires naturelles
2000, éd. MNHN, 152 p.

L'eau dans le monde arabe
2000, éd. Académie de l'eau, 53 p.

Eau, aménagement du territoire et développement durable
2000, éd. Académie de l'eau, 231 p.

Protection et gestion pérenne de nos rivières


[R] On signale : PERIODIQUES

Les Annales de la recherche urbaine, n°88, décembre 2000

Faire l'économie du nucléaire ? Les Cahiers de Global Chance, n°13, novembre 2000

Jardins de France, n°10, décembre 2000

C3ED Lettre d'information n°12, juin-mi-octobre 2000

La Tortue, n°52, novembre 2000

Actes de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, vol. 20, n°1, 2000

Cités, n°4, 2000

Écologie : tous responsables, Revue politique et parlementaire, n°1005, mars-avril 2000

Le St-Hubert, n°32, novembre-décembre 2000

Paysage et aménagement, Les Cahiers du Conseil, n°1, octobre 2000

CIC Newsletter, octobre 2000

Revue forestière française, n°3, 2000

Droit de l'environnement, n°83, novembre 2000

Les cahiers du CCNE, n°25, septembre 2000

Forêt entreprise, n°135, octobre 2000

La lettre du pôle, octobre 2000

La biosécurité, Courrier de la Planète, n°59, 2000

Cahiers d'économie et sociologie rurales, n°53, 4e trimestre 1999

Science et vie, n°1000, janvier 2001

La Lettre de la biosphère, n°55, septembre 2000

Adalia, n°44, 2e semestre 2000

Penn ar Bed, n° 175, décembre 1999

La lettre du DSF, n°22, décembre 2000

Le journal de FERME, n°30, juillet 2000

L'Infoloups, n°7, septembre 2000

Ingénieries, n°23, septembre 2000

La Lettre de l'Académie de l'eau, n°2, décembre 2000

Les enjeux écologiques des biopesticides, Biofutur, n°207, janvier 2001

FaçSADe, n°7, juillet-septembre 2000

Le Courbageot, n°16, décembre 2000

Les Cahiers de l'APPI, n°5, hiver 2000-2001

L'Atout trèfle, n°12, novembre 2000


[R]  On signale : DOCUMENTS, PLAQUETTES, DOSSIERS, ALBUMS…

Définition et évaluation de modes de gestion en forêt privée sur projets de sites Natura 2000
2000, éd. CRPF M-P, 217

IFEN : Etudes et travaux 2000

Composts de boues de stations d'épuration municipales
2000, éd. ADEME, 423 p.

Directive Habitats
2000, éd. MATE, 20 p.

Alpages et prairies de montagne
2000, coéd. PNV/SUACI Alpes du Nord, 60 p.

Pétillon : L'enquête corse
2000, éd. Albin Michel

INRA Audiovisuel
2000, éd. INRA, 73 p.

La réalité de la pauvreté
2000, éd. CRID, 24 p.

Formation continue
2000, éd. EMP, 98 p.

Annemarie Bucher, Martine Jacquet (dir.) : Des floralies aux jardins d'art…
2000, éd. PPUR, 125 p.

Faune sauvage, n°251, août-septembre 2000

Claire Terrier : L'accessibilité des sites naturels au public handicapé
2000, éd. ATEN, 64 p.

Alexia Augelmann : Evolution hydrographique et hydrologique en plaine de la Hardt et en plaine de l'Ill
2000, éd. ONF, 146 p.

Impact des productions, de l'intensification et des pratiques agricoles sur l'environnement
2000, éd. GRAPEA, 50 p.

Code de l'environnement
2001, éd. Lamy, 297 p.

Les métiers de l'environnement
2000, éd. APEC, 119 p.

Les Cahiers du conservatoire


[R] On signale : AUTRES MEDIAS

Rencontres nationales du paysage
2000, CAUE 77, cédérom

Le Polen, n°1, décembre 2000

Natura 2000


[R] On signale : In extremis

Insectes, n°120, mars 2001


[R] Textes

Barrages et développement

Nelson Mandela rejoint la Commission pour le lancement d'une "Nouvelle direction pour la prise de décision concernant les politiques de l'avenir pour l'Eau et l'Énergie".
Londres, 16 novembre 2000. La Commission mondiale des barrages1 a lancé aujourd'hui son rapport final, intitulé Barrages et Développement : un nouveau cadre pour la prise de décision, en cherchant à changer des controverses coûteuses en un consensus clair et productif.
Un objectif ambitieux ? Il peut bien fonctionner. La Commission a déjà réussi à réunir, pour la première fois, tous les acteurs d'un débat qui menait de plus en plus à la confrontation, concernant le rôle que 45 000 grands barrages ont joué dans le développement.
Pendant deux ans, un forum diversifié, composé d'ingénieurs, d'écologistes, de représentants de gouvernements, de peuples indigènes, de financiers, de personnes affectées par les barrages et de chercheurs académiques, engagés dans un processus sans précédent de formulation de politiques publiques globales. Après avoir vaincu leurs divergences, ils ont signé, à l'unanimité, un rapport qui aura un impact profond non seulement sur le rôle futur de l'industrie des barrages, évaluée à 42 milliards de $ US (à peu près autant d'euros), mais aussi sur la façon de développer les ressources en eau et en énergie.
Au lancement du Rapport, devant 300 représentants de gouvernements, du secteur privé et de la société civile au niveau mondial, l'ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, a loué la nature constructive de cette commission indépendante. Il a aussi comparé son travail à ses expériences personnelles : "C'est une chose de trouver des fautes dans un système. C'est une toute une autre chose, une tâche plus difficile, de leur substituer une meilleure approche."
Les points-clés du rapport
Une évaluation, estimant que les barrages ont contribué considérablement au développement humain, mais dans un trop grand nombre de cas, avec des coûts sociaux et environnementaux inacceptables et souvent inutiles.
Un nouveau cadre pour la prise de décisions qui dépasse le compromis simple coûts-bénéfice, pour aborder ample les "droits et risques", en reconnaissant tous les acteurs légitimes lors des négociations des choix de développement.
Un ensemble de valeurs fondamentales, priorités stratégiques, critères et directives pratiques qui devront guider la gestion des ressources en eau et en énergie pour le développement dans le futur.
Un défi aux gouvernements nationaux, à la société civile, aux agences d'aide bilatérales et aux banques multilatérales de développement, aussi bien qu'au secteur privé, pour changer la façon d'envisager les ressources en eau et en énergie pour le développement.
Le rapport fournit la révision la plus complète, globale et indépendante sur les barrages jusqu'à aujourd'hui. La révision globale de la WCD examine la performance technique, financière et économique des barrages, ainsi que leur performance concernant l'environnement et les aspects sociaux. Avec son évaluation des alternatives potentielles aux barrages et l'étude du processus de la prise de décision, il offre des points de vue uniques sur l'un des débats les plus controversés sur le développement de notre temps.
Le président de la WCD et ministre de l'Éducation d'Afrique du Sud, Kader Asmal, et les membres de la Commission ont présenté le rapport à Londres, avec la participation de M. Mandela, du président du Forum mondial de l'Eau 2000, du Prince d'Orange, du directeur du Haut Commissariat de l'ONU pour les Droits humains, Mary Robinson, du président de la Banque mondiale, James D. Wolfensohn, et du directeur général de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Maritta von Bieberstein Koch-Weser. Ces deux dernières institutions ont, conjointement, initié le processus qui a mené à la création de la WCD en 1998.
"Il ne sert à rien de construire des barrages d'un milliard de dollars, si vos monuments aliènent les plus faibles", a déclaré Asmal. "Il ne sert à rien de décréter l'arrêt de tous les barrages si vos protestations enchaînent seulement la pauvreté. Mais montrez-moi une façon claire et soutenable de fournir de la nourriture, de l'énergie, de la stabilité et de l'eau courante pour ceux qui en ont le plus besoin - cela sert à quelque chose. Et c'est cela que nous avons fait."
Conclusions clés de la Révision sur les grands barrages
La Commission mondiale des barrages a mené des rapports détaillés sur huit grands barrages en Turquie, en Norvège, aux États-Unis, en Zambie et au Zimbabwe, en Thaïlande, au Pakistan, au Brésil et en Afrique du Sud. Elle a également préparé des rapports par pays : l'Inde, la Chine, aussi bien qu'un rapport sur la Russie et les États récemment indépendants. Une étude sur 125 grands barrages a aussi été entreprise, avec 17 rapports thématiques sur les questions sociales, environnementales et économiques, sur les alternatives aux barrages et sur les processus de gestion et institutionnels. La WCD a reçu 947 soumissions et a organisé quatre consultations régionales dans les villes de Colombo, Sao Paulo, Le Caire et Hanoi, où les commissaires ont écouté les expériences individuelles des responsables. Toutes ces informations ont formé le cœur de la "Connaissance de base de la WCD", qui a servi de base à la Commission sur les questions principales concernant les barrages et leurs alternatives.
La Commission a découvert que :
Les barrages offrent des services considérables au développement dans plus de 140 pays. Sur une échelle globale, les barrages hydro-électriques fournissent 19% de l'électricité produite et sont engagés dans la production de 12% à 16% de la nourriture globale. 12% des grands barrages fournissent de l'eau domestique et industrielle, et les grands barrages fournissent des services de contrôle de l'inondation dans plus de 70 pays.
Les grands barrages présentent un haut degré de variabilité dans l'offre des services d'eau et d'électricité prévus - aussi bien que dans les bénéfices sociaux en rapport avec eux - avec une portion considérable d'échecs par rapport aux objectifs physiques et économiques, pendant que d'autres continuent à produire des bénéfices après 30 à 40 années.
Les grands barrages ont démontré une tendance nette à dépasser les délais du programme et à des surcharges de coût.
Les grands barrages ont mené à la dégradation de forêts et d'habitats de la faune, de la biodiversité aquatique pour la pêche, en amont et en aval. La Commission a trouvé que les efforts pour contrecarrer l'impact des grands barrages sur l'écosystème avaient eu un succès limité.
Les impacts sociaux négatifs reflètent un échec systématique dans l'évaluation et la comptabilisation des impacts négatifs potentiels pour les populations déplacées et réinstallées, aussi bien que des communautés habitant en aval. Les évaluations suggèrent que entre 40 et 80 millions de personnes ont été déplacés par les barrages, dans le monde entier, pendant que le mode de vie de beaucoup d'habitants en aval avait été affecté, mais cela n'a pas été reconnu. L'adoucissement, la compensation ou les programmes de réinstallation des populations ont souvent été inadéquats.
Alternatives aux barrages pour le développement des ressources en eau et en énergie
La Commission a examiné les alternatives pour répondre aux besoins en énergie, eau et nourriture, et a trouvé que, malgré l'existence de grands objectifs pour utiliser ces ressources, il n'existe aucune formule universelle, dans la mesure où les conditions locales et nationales sont centrales pour la détermination des options viables :
- il y a plusieurs options écologiquement et économiquement viables qui émergent, y compris les énergies éolienne et solaire, le recyclage et la gestion locale de l'eau. Cependant, des obstacles tels que le marché, les barrières institutionnelles, intellectuelles et financières limitent le taux d'adoption des alternatives ;
- un système de gestion amélioré, en particulier dans le secteur de l'irrigation, mais aussi à travers la réduction du gaspillage de l'eau, un système de gestion plus efficace et un perfectionnement de la technologie de la distribution, peuvent alléger la demande pour des nouvelles sources d'approvisionnement ;
- la gestion de la demande a un potentiel considérable et fournit une occasion importante pour réduire les demandes en eau et en énergie.
Directives pour la prise de décision dans le futur
Le Rapport estime qu'il n'est pas nécessaire d'échanger le gain d'une personne contre la perte d'une autre personne. En négociant des résultats suivant une analyse selon des critères multiples - techniques, environnementaux, économiques, sociaux et financiers - l'efficacité du développement des projets d'eau et d'énergie sera améliorée. Les projets défavorables seront éliminés à une étape préliminaire, et les options choisies seront celles choisies par les principaux acteurs sociaux comme mieux satisfaisant les besoins en question.
Les recommandations comprennent :
- un ensemble de cinq valeurs centrales pour la prise de décision dans l'avenir - Équité, soutenabilité, efficacité, prise de décision participative et responsabilité ;
- une approche comprenant des droits et des risques pour identifier tous les acteurs légitimes dans la négociation des choix de développement et des accords ;
- sept priorités stratégiques pour le développement des ressources en eau et en énergie : obtenir l'acceptation publique, évaluer amplement les options, améliorer les barrages existants, protéger les rivières et les formes de vie, reconnaître les droits et partager les bénéfices, assurer l'acquiescement, partager les rivières pour la paix, le développement et la sécurité ;
- un ensemble de critères clairs pour évaluer l'acquiescement et 26 directives pour la révision et l'approbation de projets au cours des cinq étapes clés de la prise de décision.
Recommandations et responsabilités
Pour accomplir ce nouveau cadre pour la prise de décision, la Commission fournit des recommandations spécifiques et des responsabilités pour les acteurs clés dans le débat. Celles-ci reflètent les leçons apprises et offrent des orientations sur la façon d'atteindre un consensus sur l'usage optimal des ressources en eau et en énergie.
Les exemples incluent :
- des exigences environnementales pour soutenir les écosystèmes aquatiques ;
- des pactes d'intégrité pour les entrepreneurs et les promoteurs des projets ;
- des procédures pour évaluer les plaintes des parties endommagées et fournir des compensations ;
- des incitations financières et des sanctions pour assurer l'acquiescement ;
- des critères pour le financement international de barrages qui impliquent l'utilisation des eaux des rivières aux
frontières entre pays ;
- des directives et accords obligatoires pour les programmes de déplacement de populations.
Le rapport WCD conclut avec une série de propositions sur la façon dont les différents groupes et institutions peuvent utiliser le rapport pour suivre les actions :
Gouvernements : révision des procédures et règlements existants à propos des projets de grands barrages et licences avec limitation de temps pour tous les barrages.
Société civile : assistance active pour identifier les acteurs importants pour les projets de barrage, en utilisant l'approche des droits et des risques, aussi bien que la capacité pour obtenir l'acquiescement moyennant des accords et aider les parties endommagés pour trouver le secours.
Secteur privé : implantation de codes de conduite volontaires, systèmes de gestion et procédures de certification, et adoption de pactes d'intégrité et de plans d'acquiescement pour tous les contrats et acquisitions.
Organisations de personnes affectés par les barrages : aide à la capacité technique et légale pour les besoins et les options dans les processus d'évaluation, à travers des réseaux de support ; identification des impacts sociaux et environnementaux non résolus et mobilisation des autorités pertinentes pour qu'elles prennent des mesures efficaces afin de les redresser.
Agences d'aide bilatérales, Agences de crédit à l'exportation et Banques multilatérales de développement : établissement de procédures pour assurer que le financement approuvé pour les projets de barrages émerge d'un processus de classement d'alternatives, tout en respectant les directives de la Commission Mondiale des Barrages.
Le mandat de la Commission expire avec ce lancement, le 16 novembre. Le Forum de la WCD se rencontrera en février 2001 pour déterminer des mécanismes supplémentaires pour la mise en œuvre.
"La WCD s'adresse aux gouvernements, aux ONG, aux entreprises, aux associations professionnelles, aux agences d'aide, aux industriels et aux peuples affectés pour mettre en pratique ce que nous prêchons, parce que nous prêchons seulement ce que nous-mêmes avons pratiqué", conclut Asmal. "Nous avons écouté toutes les parties. Nous avons examiné des alternatives. Nous avons équilibré l'idéal et le possible, et avons pris la décision de signer ce rapport avec confiance. Nous n'excluons qu'une option de développement : l'inaction. Le coût du conflit est trop élevé."
Contact : Maisa de Lacerda Nazario, webwriter@webwriter.jor.br

En 1998, dix renseignements clés sur la Commission mondiale des barrages
1. Commission autonome
La Commission est un organisme autonome. Elle a été créée à la suite d'une concertation menée à l'échelle internationale et coordonnée par la Banque mondiale et l'IUCN-union mondiale de conservation regroupant des représentants de gouvernements, de la société civile, du secteur privé et d'organisations multinationales.
2. Composition équilibrée
Il a été décidé que la Commission assurerait la représentation équilibrée de l'ensemble des points de vue concernés par le débat sur les barrages. Elle comprend douze membre nommés qui agissent sans parti pris pour ou contre des barrages.
3. Représentation de la multiplicité des partenaires
La Commission est présidée par le Prof. Kader Asmal, professeur en Droit renommé et actuel Ministre responsable des Ressources en eau et de la Faune en Afrique du Sud. LC Jain, ancien ambassadeur d'Inde en Afrique du Sud est le Vice-président. Les autres membres de la Commission sont des personnalités éminentes représentant les secteurs public et privé ainsi que la société civile et le monde universitaire.
4. Fonction consultative
La Commission ne peut ni trancher ni intervenir en cas de conflit ou de problème lié aux barrages. Ainsi, elle ne saurait répondre aux pétitions ou aux appels d'intervention qui lui seraient adressés. Son mandat ne lui permet d'agir qu'à titre consultatif.
5. Un mandat précis
Le mandat de la Commission lui assigne les deux objectifs suivants qui doivent être atteints d'ici novembre 2000 : entreprendre une étude internationale sur l'efficacité des barrages en matière de développement et élaborer pour l'avenir des lignes de conduite et des critères concernant les modalités de prise de décision relatives aux barrages qui soient universellement acceptables.
6. Un programme d'action consultatif
Le programme d'action de la Commission a été conçu de manière à permettre aux membres de la Commission de créer une base d'informations commune. La WCD sera amenée à élaborer des études de cas sur les principaux bassins fluviaux et les barrages associés, des dossiers thématiques sur les questions clés étudiées par les comités et les experts, et fera la synthèse des propositions et de la documentation recueillies. Elle organisera également des séances de concertation et d'entretiens avec les groupes intéressés.
7. Forum pour le dialogue
La Commission a créé le Forum WCD. Il est composé de 68 membres relevant de divers établissements publics, des sociétés privées, des ONG et d'organismes universitaires ou de recherche. Ce sera le forum du dialogue dans le cadre du processus WCD.
8. Financement inconditionnel
Les sources de financement de la Commission indiquent encore une fois la multiplicité des partenaires impliqués dans le processus de la WCD. Son mandat l'autorise à solliciter des contributions de la part des ONG, du secteur privé et des gouvernements. Les participations financières ne peuvent être acceptées qu'à la seule condition qu'elles soient sans conditions. Plus de 50 institutions ont déjà contribué de débloquer des fonds pour la WCD.
9. Secrétariat international
Le Secrétariat de la Commission se trouve au Cap, en Afrique du sud. Son personnel a été recruté dans le monde entier pour garantir la plus haute qualité professionnelle, une grande diversité de provenance et d'expérience. Le Secrétariat apportera son soutien aux membres de la Commission pour qu'ils puissent mener à bien le programme d'action d'ici novembre 2000.
10. Initiative innovatrice et transparente
La Commission est une organisation internationale novatrice et singulière. Elle fait œuvre de pionnier en matière de processus de concertation et elle transcende les barrières institutionnelles traditionnelles relatives à la participation de la société civile ou des secteurs public et privé. La Commission démontre ainsi comment on peut, grâce à un processus ouvert et transparent, harmoniser des points de vue complexes et divergents sur les problèmes du monde.

1 The world Commission on Dams (WCD), sur Internet à www.dams.org

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Haies en Vexin : les frontières du rural ?
par Christian Weiss

45bis, allée des Coteaux, 93340 Le Raincy
x.weiss@wanadoo.fr

Pendant une année, dans le cadre d'une maîtrise de biogéographie réalisée à l'université Paris-8, j'ai entrepris un travail d'approche, de recherche d'origines et de prospective sur la dynamique des haies dans le Vexin français. Après une étude de terrain et grâce à l'aide de personnes ressources, j'ai inventorié un échantillon de 85 haies représentatives du terrain de recherche dans les limites "historiques" du Vexin français.
Le choix de l'échantillon des haies inventoriées est, pour une part, arbitraire : toutefois, je me suis efforcé, au regard de mon étude de terrain et des informations transmises par des géographes, des historiens et des naturalistes, de réaliser un échantillon représentatif des différents types de haies présentes dans le Vexin français : haies d'enclosure, haie bordières, haies brise-vent.
J'ai également réalisé un questionnaire correspondant à la fois à la problématique évoquée dans l'objet de ma recherche et à une meilleure connaissance de la perception des haies par leurs différents gestionnaires et par ceux qui les côtoient. La variété des personnes interrogées, en liaison avec la diversité des haies du Vexin français, l'une des régions les plus anciennement défrichées du Nord du Bassin parisien, correspond à un échantillon1 signifiant des personnes - agriculteurs, élus, aménageurs, associatifs - qui les côtoient mais ne prétend pas être exhaustif et proportionnellement représentatif. Cet échantillon m'a néanmoins permis de recueillir certaines données utiles, tant d'opinions, d'appréciations que de perceptions, aujourd'hui absentes des autres études sur les haies.
Des haies ou des friches ?
Tout est haie, rien n'est haie : il est bien complexe, dans le Vexin français, si l'on se réfère aux régions emblématiques du bocage de l'Ouest de la France, d'appeler "haie" un linéaire d'arbustes ou d'arbres. Ce linéaire se confond souvent avec une colonisation végétale boisée suite à une déprise ou s'apparente à une friche…
Les traiter en "haie" révèle déjà des points de vues subjectifs, selon qu'on leur accorde une valeur ou non. Parmi mes interlocuteurs, agriculteurs et élus locaux, les haies que je leur désignais ne représentaient que des ronces, des épines et autres "saletés": "Elles dégradent le paysage, le salissent et sont une entrave à l'agriculture". L'entretien d'une haie, quand il est abordé, évoque une intervention visant à contenir son extension2 et rarement une action sanitaire entreprise pour la recéper ou pour la libérer des végétaux colonisateurs comme les lianes. Parfois, seules la clématite et la ronce restent vives sur des arbres morts transformés en échalas. Grâce à la dissémination des graines, elles se développent, étouffant par leur emprise au sol (et par le captage des nutriments) les arbustes déjà périssants qui finissent par se briser sous le poids des lianes et seul un amas de "broussailles3" subsiste. La voie est libre pour raser ou brûler un bosquet d'épineux déprécié.
Quels paysages pour quels projets ?
Au Moyen Âge, la majorité de la population française est paysanne, chacun préserve son champ, sa parcelle et l'enclôt de talus, de haies, de barrières qu'il est périlleux de franchir si l'on n'y est pas invité4. " L'une des premières grandes révolutions paysagères correspond au XVIIIe siècle, dit siècle des Lumières. Au moment où la France est décrite comme un "vaste bourbier5", le "projet de paysage" devient un besoin politique et social : c'est la progression d'un paysage de misère à un paysage d'abondance et de prospérité. Le corollaire est l'élimination du naturel "pur", désorganisé, primitif […] souvent perçu comme barbare aux yeux des sociétés des Lumières". Le traité de Rome de 1957 assigne à l'agriculture le projet d'indépendance alimentaire de l'Europe. Du paysage et de l'environnement, il n'est fait nulle mention6.
Cette course vers le productivisme élimine tout lien avec l'espace naturel résiduel subsistant au sein de l'espace agricole : faune sauvage et flore messicole, bosquets, petits bois, arbres isolés et haies. Les terres agricoles de demain sont-elles vouées à être traitées industriellement par une poignée d'entrepreneurs dépendant des sociétés agroalimentaires régies elles-mêmes par la mondialisation ?
Le rapport à la ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, Agriculture, Monde rural et Environnement, établit un diagnostic et suggère une réconciliation de l'écologie et de l'agriculture qui, au regard de l'hostilité dont est l'objet la ministre, ne semble pas une mince affaire.
Des frontières à la recherche de sens…
Les nouvelles frontières, mal définies et uniquement lisibles par des "experts" favorisent un néoféodalisme. L'espace agricole aux agriculteurs, l'espace des migrations aviaires aux chasseurs, l'espace forestier aux sylviculteurs, l'espace expérimental aux scientifiques, l'espace protégé aux naturalistes… Une balkanisation de la nature en quelque sorte !
La diversité de la nature ne perdure que par la complexité des échanges qui s'y font. Sans nature "ordinaire", sans connectivité, sans écotones, l'homme réduit son environnement à une conception insulaire de la préservation, vouée à l'échec. Si on oblitère les frontières sans étudier leur sens, on prend le risque que leur transgression s'exerce arbitrairement aux dépens de l'espace le plus fragile, le moins défini, celui qui est perçu aujourd'hui comme "inutile" : le chemin de campagne, le petit-bois, la mare, la friche, la haie champêtre…
Des questions sans réponses…
Quelle lecture du paysage peut bien avoir un agriculteur sur son tracteur ? J'ai souvent dû préciser aux agriculteurs que je rencontrais, une carte au 25 000e à la main, l'emplacement de parcelles ou de haies qu'ils exploitaient ou côtoyaient… Lorsque j'évoquais les lieux-dits, les bois, j'avais l'impression de ne pas parler de la même région tant restait anonyme pour mes interlocuteurs leur champ… Ces lieux de travail perdent-ils pour eux de l'identité et de la valeur paysagère ? L'écoute, les rencontres et quelques réflexions notées sur les questionnaires m'ont aidé à percevoir des bribes du non-dit, quand un agriculteur, pourtant connu pour éliminer les haies côtoyant ses champs, consacre une partie de ses loisirs à "s'enfoncer", comme il me le confie, dans les bois, à la recherche de l'indicible. Le paradoxe, moins perceptible chez les agriculteurs les "mieux" adaptés à l'agriculture industrielle, ne transparaît que si un dialogue s'instaure en dehors de l'"environnementalement correct". "Être assisté est déjà humiliant, m'a avoué l'un d'entre eux, mais alors l'être par les écolos…. "
Les maires, comme les agriculteurs, mettent en avant le coût d'entretien, le mauvais état…
En réalité, les effets de l'érosion n'échappent pas à l'observation des ruraux que j'ai rencontrés. Le fait qu'une petite partie des agriculteurs interrogés évoque l'hypothèse de couper et de replanter des haies m'a paru la partie visible d'un non-dit : le non-dit d'une catégorie sociale sur la défensive persuadée que ce ne serait pas négociable face aux environnementalistes (l'épouvantail écologiste).
Aujourd'hui, chasseurs et écologistes sont souvent très proches, frères "jumeaux ennemis, en quête de cette relation perdue avec la "Nature", tandis que les agriculteurs, qui ne représentent plus que 7% des chasseurs, ne comprennent pas qu'on puisse leur reprocher de nourrir leurs semblables, reliant l'écologie à une régression faisant passer la nature avant l'homme. Et, ici encore, un dogme régit deux points de vue opposés : la dissociation de l'homme et de la nature tant chez une partie des agriculteurs, qui survalorisent le scientisme et la quête de productivisme, que chez quelques naturalistes, qui survalorisent la nature en la donnant comme "modèle". Homme et nature sont de fait indissociables et évoluent, en dépit des uns et des autres.
Haies en Vexin : impasse ou école buissonnière ?
Aucun programme de conservation, voire de réimplantation des haies ne pourra réussir sans l'adhésion des acteurs ruraux et locaux : un travail préalable d'étude, de réflexion et de concertation sur le paysage et les haies doit figurer comme projet-pilote de toute volonté de réhabilitation.
L'état sanitaire des haies, telles que je les ai inventoriées, laisse présager un recul conséquent du linéaire boisé dans les prochaines années si aucun projet de réhabilitation n'intervient.
Elles disparaissent rapidement suite à leur défrichement, aux traitements phytosanitaires en toutes saisons, au passage des engins (au moment des labours, des récoltes…).
Les nouvelles haies implantées en milieu champêtre ne compensent pas ces disparitions et sont le produit, pour le moment, de la médiation des chasseurs, des associations naturalistes et, nouvellement, du parc naturel régional du Vexin.
Bien que les haies soient évoquées dans la loi Paysage, aucune mesure de protection ne les concerne spécifiquement7.
Avec la volonté politique de les conserver comme "éléments essentiels de la biodiversité et de l'écologie rurale", elles gagneraient un statut, prélude à toute reconnaissance. Les haies pourraient alors figurer à nouveau les frontières de l'écologie rurale, reliant l'homme et la nature.

La version complète du mémoire de maîtrise de l'auteur est consultable à la Maison du parc naturel régional du Vexin français (95459 Théméricourt) ou au département Géographie de l'université Paris-8-Saint-Denis : Haies en Vexin : les frontières du rural ? 132 p. + annexes typologiques.

1 65 personnes ont répondu.
2 Propos recueillis au cours d'entretiens complémentaires avec des agriculteurs (14) ayant répondu à mon questionnaire.
3 Je n'ai rien personnellement contre les broussailles ! (note à François Terrasson).
4 A l'exception des seigneurs qui imposent une hauteur maximum (environ 1,20 m) afin de pouvoir les franchir à cheval.
5 A. Young, Voyages en France pendant les années 1787 à 1792.
6 Agriculture, Monde rural et Environnement, 1998. Extraits, p. 247 à 248.
7 En Allemagne, aucune haie ne peut être coupée sans autorisation.


[R] Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°42 ; Les ressources bibliographiques du Courrier