Bibliographie : Courrier n°36, mars 1999

On a lu, on a vu, On signale (Livres, Rapports, Thèses, Comptes rendus, Périodiques, Documents, Cédéroms, Films, Vidéos)
Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°36 ; Les ressources bibliographiques du Courrier

[R] On a lu, on a vu

Les violences paysannes sous la Ve République (par Jean-Paul Maréchal) ; Naissance d'une théorie éthologique. La danse du Cratérope écaillé (par Florian Charvolin) ; Elise (par Eve Chantôme) ; Campagnes urbaines (par André Fleury)

[R] Les violences paysannes sous la Ve République, par Nathalie Duclos  
1998, Economica, Paris, Coll. Politique Comparée, 281 p.

Alors que l’on célèbre les quarante ans de la Ve République, le moment semble venu de faire le bilan de la politique de modernisation agricole engagée par le pouvoir gaulliste au début des années soixante. Il est avéré que, dès cette période, la stratégie d’intensification a fait péricliter un grand nombre d’exploitations et engendré un puissant mécontentement qui a été à l’origine de violences collectives notoires de la part des agriculteurs. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que le processus de concentration des exploitations s’est poursuivi et que de graves crises touchent toujours, de manière récurrente, certains secteurs de production (comme le porc à la fin de l’année 1998) ? C’est à cette question que s’attelle Nathalie Duclos qui, dans l’ouvrage qu’elle nous propose : Les violences paysannes sous la Ve République, défend la thèse d’une modération tendancielle des protestations paysannes au cours des dernières décennies malgré l’existence résiduelle de foyers privilégiant encore la violence physique comme mode d’action. L’ouvrage a par là même le mérite de mettre au jour le lien existant entre les manifestations de violence et le productivisme à tout crin de ceux qui s’y livrent. Il s’agit autrement dit «d’expliquer à la fois les raisons de l’émergence d’une certaine violence dans les années cinquante, puis de sa persistance auprès d’agriculteurs de plus en plus circonscrits, tout en cernant les facteurs plus généraux de modération relative.» (p. 5)
Ce glissement dans le «répertoire d’action» des agriculteurs français est non seulement mis au jour chiffres à l’appui (dans un premier chapitre intitulé «Pour en finir avec le mythe des jacqueries paysannes») mais surtout analysé à travers la thèse de Norbert Elias (p. 3) qui, dans La dynamique de l’Occident, avance l’interprétation selon laquelle le processus de différenciation sociale, en accentuant sur le long terme l’interdépendance des individus, aurait pour conséquence l’émergence de mécanismes d’auto-contrôle incitant à la relégation de la violence.
A l’intérieur de la perspective éliasienne ainsi adoptée - et dans un style impeccable qui tranche heureusement avec la prose pâteuse de nombreux représentants des sciences sociales - Nathalie Duclos brosse une large fresque, aux couleurs parfois vives, des mobilisations paysannes sous la Cinquième République, fresque qu’elle organise autour de deux points de fuite : les évolutions sociologiques lourdes du milieu agricole et les stratégies d’action des syndicats, construction savante qui lui permet de nous faire voir d’un même mouvement plusieurs faces des objets qu’elle analyse.  
La première partie met en évidence que «le déclin des dispositions à la violence» constaté depuis une trentaine d’années est imputable à l’atténuation des trois causes qui avaient été à l’origine du surgissement de cette même violence au cours des années soixante : le désenchantement à l’égard de la modernité, la légitimation unanime de la violence par les leaders syndicaux et enfin la construction de l’identité collective des agriculteurs dans l’antagonisme avec le politique.
Or, on observe (chapitre 2) qu’à la différence des années soixante où l’entrée dans la modernité avait été lestée par les agriculteurs d’une dimension certes économique mais également existentielle de réalisation de soi, et où en conséquence la frustration, la «privation relative», liée au sentiment d’un échec dans cette quête de dignité avait été à la base de protestations d’une grande virulence, les années quatre-vingt ont été celles de déceptions circonscrites au strict champ économique et n’atteignant de plus que les «agriculteurs-entrepreneurs», sous-groupe d’«élite» qui, seul, anticipait une amélioration de ses conditions de vie.
A ce déclin dans le contenu et l’étendue des attentes, s’est ajouté (chapitre 3) un émoussement des légitimations de la violence. En effet, alors que les premières années du régime gaulliste s’étaient caractérisées chez les syndicalistes paysans par un large consensus autour de l’usage souhaitable de la violence, les années soixante-dix ont vu une partie toujours plus importante du monde agricole contester cette modalité d’action et se rallier en cela aux positions de certains militants de gauche, opposés par ailleurs à la dérive productiviste de l’agriculture, et qui se regrouperont en 1987 au sein de la Confédération paysanne.
Enfin (chapitre 4), les trois dernières décennies ont correspondu à une modification du processus de construction identitaire des paysans, le vieux mythe de l’identité agrarienne ayant volé en éclats sous l’effet d’une hétérogénéisation du milieu agricole (différenciation interne entre types d’exploitations, accroissement du nombre d’exploitations dirigées par des femmes, réduction de l’endogamie...). Celui-ci s’est alors retrouvé segmenté, divisé en groupes aux intérêts divergents, ouvert sur l’extérieur... et partant incapable de réunir les anciennes conditions de fonctionnement de la violence.  
La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à l’étude des «dilemmes de l’action syndicale».
Déterminées (chapitre 5) au départ de la période considérée par les caractéristiques propres du monde agricole, les stratégies syndicales doivent désormais intégrer le caractère contre-productif de la violence dans l’opinion publique, contre-productivité qui se manifeste par des soutiens de plus en plus circonspects tant de la part des médias que des politiques.
Désireux de demeurer les interlocuteurs privilégiés du pouvoir (chapitre 6), les syndicats agricoles se voient désormais contraints de concilier, ce qui ne va pas de soi, une forte représentativité, donc de conserver un grand nombre d’adhérents, et une capacité élevée de contrôle de ces derniers. D’où le développement d’un haut niveau de savoir-faire organisationnel auquel sont parvenus la FNSEA et le CNJA dans l’organisation de manifestations telles que celles de 1982 et de 1991 à Paris opérations dont la dimension communicationnelle l’emporte sur l’aspect revendicatif pour ne rien dire de celle d’événements purement médiatiques tels que la «Grande Moisson» sur les Champs Élysées en 1990.
En réalité, cette évolution des modes d’action du «syndicalisme majoritaire» reflète le rapprochement actuel de ses positions avec la Confédération Paysanne, s’agissant du devenir de l’agriculture et des agriculteurs. La FNSEA semble en effet prendre conscience des impasses de l’intensification agricole et tente dorénavant de faire reconnaître que les agriculteurs remplissent des fonctions autres que productives. L’idée commence à être acceptée que ces derniers ont un rôle à jouer dans la préservation des paysages et de l’environnement. Aussi, les analyses de Nathalie Duclos sur les évolutions en cours à la FNSEA depuis les années soixante nous permettent-elles de comprendre les positions adoptées par ce syndicat à propos du «contrat territorial d’exploitation» prévu par la nouvelle loi d’orientation agricole. Le temps où convergeaient les objectifs des gaullistes et ceux des dirigeants paysans pour promouvoir une agriculture intensive exclusivement centrée sur sa fonction productive est (peut-être ?) en passe d’appartenir au passé. Sans permettre de l’affirmer aussi explicitement, Les violences paysannes sous la Ve République le suggère fortement.
Jean-Paul Maréchal

[R] Naissance d'une théorie éthologique. La danse du Cratérope écaillé
par Vinciane Despret
1996, Synthélabo, Paris, 231 p.

Au tournant des années 1980, deux chercheurs ont entrepris de faire une éthologie du Cratérope écaillé1, un oiseau des milieux désertiques, présent de l'Inde au Maroc. Ils étudient les rapports qui existent entre les échanges au sein des groupes d'oiseaux et la sélection des plus aptes à l'intérieur de l'espèce. Ils attirent plus particulièrement l'attention sur les facteurs de participation «optimale» des individus aux groupes, selon les sexes, et le statut des membres.
C'est la démarche rationnelle de ces deux chercheurs qui fait la matière du livre de Vinciane Despret, une psychologue qui les a suivis sur leur terrain d'investigation en Israël.
V. Despret s'intéresse aux relations triangulaires qui apparaissent entre les oiseaux et les ornithologues professionnels, sous la présence d'un tiers anthropologue qui les observe. Profitant de cette situation où le regard de l'observateur ne manque pas d'interférer avec les rapports entre oiseaux et ornithologues, elle se place à l'interface entre éthologie des uns et ethnologie des autres. Son livre a l'ambition de mettre sous tension les connaissances produites et le contexte social de leur production.
Elle commence, en première partie, par resituer les enjeux théoriques de la recherche des deux ornithologues en positionnant leur problématique dans la littérature scientifique (elle passe en revue Lorenz, Wynne-Edwards, etc.). Mais elle ne s'arrête pas là. Elle traite également, dans une deuxième partie, de la culture scientifique dans laquelle les rapports entre oiseaux sont reconnus et étudiés. Elle tient compte de niveaux d'organisation de la recherche tels que les pratiques de laboratoire de la faculté des Sciences de Jérusalem ou les facilités d'accès à l'aire des cratéropes. V. Despret ira même jusqu'à évoquer en quoi la difficile recherche de paix israélo-arabe est à mettre en relation avec les formes de connaissance éthologiques issues du terrain d'observation israélien.
Mais revenons à ce qui fait le coeur du propos, à savoir «la théorie du handicap» et l'épisode de la danse dans le comportement du Cratérope écaillé (voir Law et Lynch, 1994).  
1. La théorie du signal  
Un des moyens privilégiés de la communication entre cratéropes sont les signaux qu'ils s'adressent les uns aux autres par le biais du chant, des couleurs ou de la gestuelle. Ces signaux sont aussi, pour les ornithologues, les moyens privilégiés pour connaître leur comportement. Ils sont discriminants. Leur reconnaissance accouple une représentation intellectuelle et une observation in situ. Les apparitions du Cratérope écaillé sont des croisements de l'ordre du discours et de celui de la vision. Ainsi, par exemple, les panaches de plumes de l'oiseau sont des repères pour la reconnaissance en vol du Cratérope, à défaut desquels l'observateur reste dans l'indistinction. Les propriétés ordinaires des oiseaux se révèlent dans le détail de cette opération de discrimination-distinction. La désignation des couleurs des plumes du Cratérope écaillé contient des éléments relatifs à son statut. Le mâle se signale à la femelle par sa parure et son plumage est lu comme un signal de statut. Des auteurs attribuent à certains atours masculins «dégarnis» un caractère de supériorité, plus attractif pour les femelles. Cette théorie du handicap délimite cette catégorie des théories culturalistes qui attribuent un rôle de sélection des plus aptes aux indices, dans le plumage, d'une réponse à des épreuves mutilantes et, de proche en proche, un rôle dans l'atteinte d'un optimum de relations intra-spécifiques.
2. Le social  
On va voir maintenant que, quand on aborde la question d'un comportement social comme la danse, les connaissances obtenues ne sont pas moins issues d'un croisement entre représentation intellectuelle et données de terrain. L'effusion des oiseaux durant la danse est une curiosité à laquelle le regard ornithologique vient donner une forme. Ne faudrait-il pas plutôt parler de jeu ou de bousculade ? On peut voir, derrière le terme de «danse» finalement retenu, un certain anthropomorphisme, signe s'il en est qu'on a bien affaire à l'association d'un tissu de mouvements sans apparence de lien avec une lecture théorique. Deux scénarios livrent des résultats différents au sujet du sens coercitif ou compétitif de la danse. Selon l'ornithologue confirmé Zahavi, la danse manifeste l'univers social des oiseaux par la synchronisation des danseurs. La relative compétition entre oiseaux qu'elle engage est un gage de bonne forme du collectif. Les liens de compétition dans le groupe ajoutent à la santé des individus. Pour la santé du groupe, il y a intérêt à des compromis, lorsque l'épreuve de la danse arrive, entre les prétendants et établis, et la synchronisation opère cet ajustement. Selon l'assistant de Zahavi, la danse évince les aspirations des prétendants à monter dans la hiérarchie des statuts, en créant un lien de couple dans l'organisation de la communauté aviaire et en amenant une certaine indépendance de ces couples. Elle autonomise par l'épreuve amoureuse2.
3. Le contexte de justification  
Sans exagérer le propos de l'auteur, on pourrait dire que les propriétés des groupes ressortissent de dénominations éthologiques procédant d'analogies avec l'organisation sociale. Les termes de bataille et de danse rituelle font le pont entre l'ordre de l'observation des relations intraspécifiques et l'ordre des tendances socio-politiques de Zahavi notamment, vis-à-vis de la tension palestino-israélienne. Les caractéristiques de la sélection naturelle intraspécifique se rapportent à l'enquête in situ aussi bien qu'à la situation des territoires israélo-arabes. L'observation tiendra notamment compte de l'accès à l'aire d'expérimentation de terrain, aussi bien que du budget de la faculté des Sciences de Jérusalem.
C'est à ce propos que V. Despret avance le terme de contexte de justification, pour distinguer un espace du «juste au sens moral du terme, parce que certaines théories sont en accord avec une certaine pensée morale du monde et de l'histoire».
4. Les fictions  
Mais assurémment, le plus gros apport de V. Despret est de distinguer des échelons de construction de la connaissance où s'installe la rencontre entre courants théoriques et moraux et données de terrain.
Toujours au niveau du comportement social des oiseaux, V. Despret montre comment les liens d'assistance entre individus se mesurent selon des structurations théoriques, fondées sur ce que l'auteur appelle des «fictions» plus ou moins rudimentaires. Ces fictions s'assurent d'une couverture du réel en s'appuyant autant sur les stations d'observation in situ que sur les controverses des revues scientifiques. La sélection des fictions pour décrire les comportements d'aide du Cratérope écaillé s'accommode aussi bien du «procès» d'expérimentation qui repose sur les connaissances acquises en laboratoire, que de l'enquête exploratoire in situ par accumulation de preuves.
Ainsi différentes options alimentent la réflexion : les expérimentalistes arrangent des dispositifs de terrain (cages, pièges, mangeoires...), isolant des variables comportementales. Ils recueillent des données des «stations» et les répertorient sur des grilles de lecture.
Les enquêteurs travaillent en aval sur des liens entre indicateurs dans la littérature de première main. Ils relèvent des pistes qui modèlent des explications de comportements animaux selon les paramètres de la littérature théorique.
Florian Charvolin (CRESAL-CNRS)

Bibliographie
Michael Lynch, Steve Woolgar. 1990. Representation in scientific practice. MIT press. Lists, Field guides and the descriptive organisation of seeing : Birdwatching as an examplary observational activity. Cambridge. pp. 267-299.
Emile Durkheim, 1988. De la division du travail social. PUF, Paris.

1 Turdoides squamiceps (Timalidae)
2 Il en découle des visions éthologiques différentes des fondements du groupe social primaire. On pense ici aux études de la fin du XIXe siècle faites par Durkheim sur la différence entre solidarité mécanique et solidarité organique (Durkheim, 1988).

[R] Elise
1998, Nota multimédia, cédérom (PC, W95,98,NT)

Elise est une base de données encyclopédique réalisée sous le haut patronage du ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement et de la fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme… C’est un cédérom éducatif et de sensibilisation à l’environnement destiné à un public large et jeune (à partir de 10 ans). Il propose deux univers : un univers «encyclopédie» et un univers «divertissement».
L’univers «encyclopédie» donne accès à des définitions regroupées en six domaines. Dans l’ensemble, les définitions des mots sont complètes et explicites. L’encyclopédie ne se cantonne pas aux domaines spécifiques de l’environnement mais y rattache des thèmes comme l’économie et la législation, ce qui permet à l’enfant d’aborder le domaine de l’environnement dans toute sa globalité. Cependant, le système de classification des définitions peut paraître complexe. De plus, les définitions manquent d’illustrations concrètes, les photos aériennes jointes ne sont souvent pas appropriées et ne rendent pas compte de celles-ci. On trouve également dans cet univers une série de quizz destinés à mettre à l’épreuve les connaissances apportées par les définitions, des quizz qui peuvent paraître au bout d’un certain temps lassants et dont les trois niveaux de difficultés sont peu visibles.
L’univers «divertissement» regroupe des jeux ainsi qu’une ballade interactive dans un village en 3D. Il existe 12 jeux au total qui peuvent être choisis à l’aide d’une roue : généralement peu divertissants et répétitifs, on en est très vite fatigué. Certains ne présentent aucun intérêt. La ballade interactive dans le village donne accès à un certain nombre d’informations sur différents organismes, associations, mairies, fondations, écoles… Tout au long du parcours, des quizz sont proposés sous la forme d’un défi à relever afin de donner une forme plus humaine à une créature prisonnière au milieu du village.
On regrettera dans les deux cas le graphisme simple, peu plaisant et peu séduisant. Au cas où le jeune dispose d’une console vidéo (matériel fort répandu…) ou de cédéroms, on imagine sa déception ! Le but d’un cédérom ludique est d’intéresser et de distraire l’utilisateur tout en lui apportant des connaissances. Si la partie «encyclopédie» est globalement satisfaisante, la partie «divertissements» a vraiment peu d’intérêt et les utilisateurs s’en lasseront très vite. Notons enfin que ce cédérom reste tout de même facile d’utilisation et que le néophyte y est particulièrement bien guidé.
Ève Chantôme

Nota multimédia : www.nota-multimedia.fr

[R] Campagnes urbaines, Par Pierre Donadieu
1998, coéd. Actes Sud-École nationale supérieure du paysage de Versailles, 218 p.

Étonnante destinée que celle de l'agriculture péri-urbaine.....
Elle fut d'abord, en des temps lointains, l'unique pourvoyeuse alimentaire de la ville, sous des formes variées : d'abord de l’économie domaniale puis, à la fin du Moyen Age, de l'économie de marché. Mais la ville va peu à peu s’affranchir de son agriculture de proximité, au fur et à mesure que l'amélioration des transports, des techniques de conservation, des caractéristiques des produits et de l'appareil de distribution va permettre d'élargir l'aire d'approvisionnement. De nos jours, sur les marchés des villes, les tomates sont de Hollande ou de Provence, les pommes du Chili ou de la vallée du Rhône, les roses du Val-de-Marne ou du Viêt-nam, les haricots verts du Kenya ou de Bretagne.  
Alors, bien sûr, l’agriculture autour des villes ressemble de plus en plus à celle des régions rurales voisines : elle cultive des céréales en Ile-de-France, de la vigne dans la plaine de Montpellier, du maïs près de Strasbourg, des productions fourragères autour de Rennes. C’est bien une agriculture péri-urbaine, mais tout lien avec la ville s'est rompu ; cette agriculture se plaint même des inconvénients de ce voisinage, des nuisances urbaines. Aussi souhaite-t-elle le renforcement des protections de l'espace agricole ; certains rêvent même (secrètement, bien sûr) de limites infranchissables, véritables frontières, pour cultiver en paix.
Mais voilà l'étonnant : tous ceux qui composent et inventent en permanence la ville : les gens par leurs pratiques (où faire du vélo le week-end ? Où aller habiter pour respirer un air un peu plus léger le matin ?), les urbanistes par leurs observations (quelle sorte de ville émerge ?) ou leurs projets, les promoteurs par leurs investissements immobiliers donnent de nos jours une réponse convergente : les proches campagnes font partie de la ville, ce sont des campagnes urbaines. Le message est clair : la ville réinvestit les espaces périphériques qu’elle avait abandonnés presque totalement. Mais ce n’est plus comme il y a 25 ans, quand les planificateurs n’imaginaient que la forêt comme voisinage (ne parlait-on pas de planter la forêt des Portes de France, dans la plaine de France, cet ancien grenier de Paris ?) ; maintenant, ce sont ces espaces aux paysages ruraux qui sont préférés.
Voilà le grand changement que raconte, avec un beau texte et de belles images, le livre que Pierre Donadieu et de Gérard Dalla Santa viennent de publier aux éditions Actes Sud. Il porte la conviction que ce qui relie les espaces ouverts, souvent façonnés par les agriculteurs, et les citadins, c’est le paysage, qui devient instrument de médiation. Les planificateurs d'Ile-de-France ont déjà fait un grand pas en inventant la Ceinture verte parisienne et en souhaitant voir s'y développer une agriculture de proximité. Mais savent-ils bien ce que peut en être la forme et les contours ? Ce livre est de ceux qui pourront les aider à mieux la concevoir.
Mais attention ! Ces campagnes urbaines ne se contentent pas d’espaces agricoles banals ; ils sont à construire, avec tous les partenaires : ceux qui les désirent, ceux qui les produisent et ceux qui les gèrent, les élus locaux. On ne sait pas encore comment la commande publique pourra s'exprimer, quel cahier des charges elle proposera, quels sont les systèmes agricoles qui vont cultiver ces terrains, comment va s'opérer la mutation des exploitations. Des réponses partielles s’esquissent, comme le contrat territorial d’exploitation, qui reste encore difficile à imaginer dans ces espaces péri-urbains. Des agriculteurs ont déjà commencé à inventer les nouveaux systèmes de l’agriculture urbaine. Des élus à porter ces projets, tels celui du plateau de Saclay, comme en témoigne le récent colloque du Sénat1 animé par le maire de Rambouillet ; mais cela reste encore bien difficile dans un pays comme la France, où la culture de la négociation est si peu développée. C’est aussi le mérite de ce livre que de venir à point nommé proposer un véritable système de références pour les y aider.
André Fleury

1Dans ce numéro du Courrier, on a lu (on lira) de Mouez Bouraoui Les paysages du plateau de Saclay et, de Nathalie Dumont-Fillon, un compte rendu du colloque réuni au Sénat


[R] On signale : LIVRES

Denis Chavigny : L'album des oiseaux d'Europe
1998, éd. Delachaux et Niestlé, 191 p.

Nicole Croix (dir.) : Environnement et nature dans les campagnes
1998, éd. PUR, 259 p.

Marian Apfelbaum (dir.) : Risques et peurs alimentaires
1998, éd. Odile Jacob, 282 p.

Svetlana Alexievitch : La supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse
1998, éditions Jean-Claude Lattès, 267 p.

Philippe Clergeau (coord.) : Oiseaux à risques en ville et en campagne
1997, INRA Éditions, 361 p.

Richard Bernaer : L'intuition de la matière chez les mycologues
1998, chez l'auteur, 72 p.

Michel Meybeck, Ghislain de Marsily et Éliane Fustec : La Seine en son bassin
1998, éd. Elsevier, 749 p.

Guy Paillotin et Dominique Rousset : Tais-toi et mange !
1999, Bayard Editions, 182 p.

Paul-Henri Bourrelier et Jacques Berthelin (coord.) : Contamination des sols par les éléments en traces : les risques et leur gestion
1998, éd. Tec & Doc, 440 p.

Françoise Dinger : Végétalisation des espaces dégradés en altitude
1998, CEMAGREF Éditions, 143 p.


Réhabilitation des sols pollués

ADEME Éditions publie :

Détection et caractérisation appliquées aux sites pollués, investigations géophysiques et mesures des polluants sur site
1997, 168 p.

La pollution des sols liée aux activités de préservation du bois
1998, 104 p.

Techniques de traitement par voie biologique des sols pollués
1998, 240 p.

Hygiène et sécurité sur les chantiers de réhabilitation des sites pollués
1995, 64 p.

La réhabilitation d'un site pollué Chancenay, Haute-Marne
1997, 8 p.

Claude Cheverry (dir.) : Agriculture intensive et qualité des eaux
1998, INRA Éditions, 297 p.

Odile Alberd (coord.) : Pour un commerce équitable
1998, éd. CLM, 167p. + ann.

Pierre Cabard et Bernard Chauvet : L'étymologie des noms des mammifères
1998, éd. Éveil nature, 240 p.

«L'étymologie des noms des mammifères est avant tout une jubilation pour l'intelligence des naturalistes. Enorme travail de bénédictin et de détectives, cet ouvrage apporte un regard zoologique, linguistique et historique sur les noms de tous les mammifères d'Europe (terrestres et marins) qui ne sont pas de simples mots : ils ont une origine et une histoire, ils ont été imaginés par des scientifiques (dont le livre raconte aussi la vie). De plus, l'humour est omniprésent».
Un ouvrage de référence en deux parties : Origine et sens des noms des mammifères terrestres et marins d'Europe (noms scientifiques, noms français et étrangers) et symbolique liée aux animaux ; Biographies des naturalistes dont les noms sont utilisés dans la nomenclature.
Les mêmes auteurs nous avaient régalés de leur Étymologie des noms d'oiseaux (signalé dans le Courrier n°29, décembre 1996).

Daniel Babo : la France des animaux de ferme
1998, Édisud, 253 p.

Marcel Bournérias (dir.) : Les orchidées de France, Belgique et Luxembourg
1998, éd. Biotope, 416 p.

Jean Huss et Paul Lannoye (dir.) : La santé empoisonnée
1998, éd. Frison-Roche, 195 p.

Lucy Daniels : Sur les traces du bébé éléphant
1998, éd. Gallimard jeunesse, 168 p.

Philippe Lebreton et Jean-Pierre Martinot : Oiseaux de Vanoise
1998, éd. Libris, 239 p.

Jacques Theys (dir.) : L’environnement au XXIe siècle. vol. I, Les enjeux
1998, Germes, cahier n°15, 639 p.

François Ramade : Le grand massacre. L’avenir des espèces vivantes
1999, Hachette littératures, 287 p.

Gilles Le Cardinal, Jacques Lochard (photographies), Mireille Tabare (textes et légendes), Gilles Le Cardinal, Vincent Pupin (poésies), traduction : Eléna Solomarska : Regard sur Olmany : la vie dans les territoires contaminés par l’accident de Tchernobyl
1998, Ethos, Paris, 90 p.


[R] On signale : RAPPORTS, THESES, COMPTES RENDUS

Jean-Luc Pujol et Dominique Dron (dir.) : Agriculture, monde rural et environnement : qualité oblige
1999, éd. LDF, 589 p.

Erica Taube : Translocation de deux espèces sympatriques de paresseux (Bradypus Tridactylus et Choloepus Didactylus) lors de la mise en eau d’un barrage (Petit-Saut, Guyane française)
Thèse en biologie des populations et écologie, USTL, 15 décembre 1997

Rapport d'activité du COSMAP 1997-1998
1999, éd. MAP, 32 p.

Jacques Lhonoré : Biologie, écologie et répartition de quatre espèces de Lépidoptères Rhopalocères protégés (Lycaenidae, Satyridae) dans l’Ouest de la France
1998, éd. OPIE, vol.2, 108 p.

Contribution à la connaissance de Graellsia isabelae galliaegloria Oberthur (Lepidoptera, Attacidae) connu uniquement de France
1998, éd. OPIE, 36 p. + ann.

Le Comité régional pour l'information économique et sociale d'Île-de-France publie

Le système statistique sur l'environnement en Île-de-France
Rapports d'étape présentés par Thérèse Ferré :
les déchets (avril 1996, 23 p.)
l'eau (rédaction Jean-Pierre Philippe, avril 1996, 34 p. + ann.)
le bruit (février 1997, 32 p.)
l'air (février 1997, 19 p.)
le patrimoine naturel (co-réalisation Gérard Arnal, avril 1998, 35 p.)
le paysage (avril 1998, 31 p.)

Environnement en Île-de-France : des données brutes aux indicateurs d'information
1997, éd. CRIES, 139 p. + ann.

Bernard Wolfer : État des lieux des recherches en sciences sociales
1998, coéd. MATE/INRA, 70 p.

Quelle fiscalité pour une eau vivante ?
1999, éd. FNE, 30 p.

Élevage, espace et environnement
Annales de zootechnie, vol. 47, n°5-6, octobre-décembre 1998

Frédéric Le Play et la question forestière
Les Etudes sociales, n°126, 2e sem. 1997

Jacques Lecomte (dir.) : L'homme et la biosphère
1998, CFMAB, 153 p.

Yves Soyeux et Bernard Wolfer (dir.) : Evaluation et gestion des risques
1998, ENGREF, 70 p.

Les services à la population en espace rural
Montagnes méditerranéennes, n°8, 1998


Rapports du Conseil économique et social

L'agriculture face aux risques climatiques. 1998, EJO

La gestion des déchets ménagers, une responsabilité partagée. 1999, avis présenté par Michèle Atar, 108 p.


[R] On signale : PÉRIODIQUES

OCL, vol. 5, n°4, juillet/août 1998

Danielle Barrès, Jean-Marie Boisson et François Colson (coord.) : Les mesures agri-environnementales, Économie rurale, n° 249, janvier-février 1999

Les Carnets du paysage, n°2, décembre 1998

Katell Cherrière : Adopter une méthode de suivi de la végétation, Les Cahiers techniques du pique-bœuf n°2, septembre 1998

Une pragmatique de la précaution : du rationnel au raisonnable, Les Cahiers du groupe épistémologique des cindyniques, n°4 janvier 1998

La lettre de l’Académie de l’eau, n°1, décembre 1998

Fruits oubliés, n° 4-98, hiver

Le vert pèse sur la cote, Décision environnement n°73, février 1999

Daniel Boy : Biotechnologies : l’opinion des Européens, Futuribles, n° 238, janvier 1999

Fururibles : 56, rue de Varenne, 75341 Paris cedex 07.
Tél. : 01 42 22 63 10 ; fax : 01 42 22 65 54 ; revue@futuribles.com

Agnès Ricroch, Joël Priolon et Jean Vincent (coord.) : Végétaux transgéniques, POUR, n°159, septembre 1998

Judy S. Lakind (éd.) : Environmental Risk Assessment : issues and methods, International Journal of Environment and Pollution, Vol. 9, n°1, 1998

International Journal of sustainable development, Vol. 1, n° 1, 1998

FaSADe, n°1, janvier-mars 1999

Le Courrier de la nature, n°176, janvier-février 1999

La biodiversité mondiale, vol. 8, automne 1998

Entraid'ouest, n°253, décembre 1998

Ingénieries, n° 16, décembre 1998

Jean-Jacques Salomon : La science et ses malaises, Futuribles, n°236, novembre 1998

Etudes foncières, n°81, hiver 1998-1999

Facteur 4D, n°0, novembre 1998

Cafés de campagne, La Belle Lurette, n°14, décembre 1998

C. Nauges, A. Raymond et A. Thomas : Consommation domestique d'eau potable et tarification, INRA Sciences sociales, n°5, décembre 1998

Environnement, n°4/98

Responsabilité & environnement, n°12, octobre 1998

Forêt méditerranéenne, tome XIX, n°4, décembre 1998

Le journal de FERME, n°24, novembre 1998

Eaux et Rivières de Bretagne, n°106, décembre 1998

Insectes, n°111, 4e trimestre 1998

Histoire des techniques en biologie, Cahier d'Economie et sociologie rurales, n°46-47, 1er et 2e trimestre 1998

Structures agricoles, n°9, novembre 1998

Écologie et politique, n°23, automne 1998

Transversales Science/culture, n° 55, janvier-février 1999

Revista Internacional de Sociología, 1998, Tercera Epoca, n°19-20, Enero-Agosto

Les Annales de la voirie, n°45, janvier-février 1999

Automobile et développement durable, Les Cahiers du CLIP, n°9, décembre 1998

Animaux d’élevage, Science et nature n°90, février-mars 1999

Eau douce : à quel prix ?, Le Courrier de l’UNESCO, février 1999


[R]  On signale : DOCUMENTS

L'agriculture, la forêt et les industries agroalimentaires
1998, éd. Agreste « Graph Agri », 156 p.

Odette Grzegrznlka et André Aschieri : Propositions pour un renforcement de la sécurité sanitaire environnementale
1998, 83 p. + ann.

DÉMETER 1999
1998, éd. Armand Colin, 271 p.

Étude de l'efficacité de dispositifs enherbés
1998, Les études des agences de l'eau n°63

Aménagement de l'espace et gestion des risques aux Pays-Bas
1998, éd. CPVS - 2001 Plus n°46, 51 p.

Quelle biodiversité en zone de grande culture ?
1998, coéd. MATE/CNRS, 67 p.

Inventaire national des déchets radioactifs
1998, éd. ANDRA, 367 p. +ann.

Cécile Arondel et Philippe Girardin : Sorting cropping systems on the basis of their impact on groundwater quality
1998, Cahier n°158 du LAMSADE, 26 p.

Denis Poupardin (dir.) : Les métiers de la recherche : témoignages
1998, Archorales, tome 2, 214 p.

Les fiches buissonnières
1999, éd. CRFC, 10 fiches

Luc Laporte (coord.) : L'estuaire de la Charente
1998, DAF n°72, 228 p.

Recueil des effets non intentionnels des produits phytosanitaires
1999, éd. ACTA, 256 p.

Programme d'action pour la maîtrise des rejets de phosphore provenant des activités agricoles
1998, éd. CORPEN, 85 p.

Catherine Courtet et Lamya Moulay (coord.) : Alimentation et santé. Nutrition et prévention
1998, éd. ECRIN, 44 p.


Publications du service agricole de l'ambassade de France aux Pays-Bas

La peste porcine aux Pays-Bas 1997-1998, déroulement et conséquences, 110 p.

La gestion de la santé animale aux Pays-Bas. 47 p.


Pierre Bitoun et Monique Harel : Les subventions du ministère de l'Environnement aux associations (1974-1994)
1998, doc INRA-ESR, 48 + 303 p.

Claudie Houssard : Eléments sur les incitations pour une gestion durable des forêts
1998, éd. ESR-Montpellier

Catherine Boutin, Philippe Duchène et Alain Liénard (coord.) : Filières d'épuration adaptées aux petites collectivités
1998, coéd. CEMAGREF/CSTB, 95 p.

Management de l'environnement
1998, éd. AFNOR, 586 p.

Forêts tropicales. Des connaissances pour la gestion
1998, éd. MATE, 68 p.

Lire le paysage urbain. Deux communes péri-urbaines
1998, éd. BN, 32 p. + ann.

L’environnement en Europe. Deuxième évaluation
1998, éd. AEE, 42 p.

Pierre Chapuy et Michel Godet : Sécurité alimentaire et environnement
1999, cahiers du LIPS n° 11, 65 p.

La santé des forêts
1998, les Cahiers du DSF n°3.


 [R] On signale : CÉDÉROMS, FILMS, VIDEOS

Impacts potentiels du changement climatique en France au XXIe siècle

Le développement durable
1998, éd. CFDD, cédérom


 [R] Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°36 ; Les ressources bibliographiques du Courrier