Le Courrier de l'environnement n°41, octobre 2000

*Have a look on our marvelous web!

Encadré : Les frigos


Que la frange de la population pour qui " ignorer Internet est une réelle joie " ? il s'agit selon une étude de Pew Internet American Life Projet de 57% des États-Uniens adultes ? lise deux fois la prose qui suit puisqu'elle n'aura pas l'occasion de s'imprégner de son contenu devant un écran. Toujours là-bas, et d'après Noelsen/NetRatings, ce sont les ouvriers modestes (gagnant moins de 25 000 $ par an, soit un peu plus en euros) qui se connectent le plus assidûment depuis leur domicile, passant leurs 12 heures mensuelles moyennes en clavardage (tchatche, chat), lèche-vitrine et visites de sites de divertissement (le site du Courrier avait été retiré du formulaire pour intraduisibilité). Les travailleurs qui ont le Web au boulot fréquentent moins la Toile le soir (7 heures par mois). En France et en francophonie, on devrait avoir, sur ce fameux site du Courrier, beaucoup de cadres et de travailleurs branchés en journée et beaucoup de débranchés diurnes, comme les véliplanchistes, les bigres, les conducteurs de locomotives et d'engins, les chauffe-cire et… certains cadres.
Mais le logiciel ANALOG qui compte tout ce qui transite vers le serveur GRANIT, lequel vous sert à toute heure les pages /dpenv/, ne sait pas trop ce qu'il compte. Mais il compte, c'est sûr et nous l'avons interrogé sur son travail d'octobre 2000 :
- Combien de clics ? ? 21 611 par jour en moyenne (27 539 la dernière semaine).
- Ça grimpe ! Combien de pages appelées ? - Exactement 4 313 chaque jour (5 228 durant cette chaude dernière semaine).
- C'est beaucoup ! Mais combien de visiteurs (réels ou virtuels), ce que vous nommez " hôtes distincts servis " ? - J'en ai dénombré 26 227 en ce faste octobre.
- Que de monde ! Mais en termes de débit, d'octets pointés ? Sans erreur possible, j'en ai vu passer 6,093 giga.
- Des chiffres flatteurs mais qu'ont vu, qu'ont lu, qu'est-ce qui a plu aux internautes arrivés sur ces pages, qu'ont-ils retenu, sont-ils revenus ? J'en sais rien, j'suis pas programmé pour ça.
- Merci, mon brave robot.
Cette rubrique Aveulouque livre chaque fois un aperçu du Web en général (partiel) et du site du Courrier en particulier (partial). Elle garde trace de telles statistiques de fréquentation, conserve quelques informations sur le contenu du site, reproduit sa page d'accueil à chaque transformation (pardon, amélioration) majeure.
Mais que reste-t-il des étapes successives du site /dpenv/ ? Les pages s'ajoutent aux pages, beaucoup sont rafraîchies, toilettées ou remaniées, fort peu ont été supprimées et ce que voit l'internaute au seuil du XXIe siècle est ce qu'il voyait depuis 1996, en plus grand, plus gros, plus beau mais la " première mouture " du site n'a pas été conservée, ni les étapes. Le webmestre, trop occupé, n'a pas indiqué les dates sur les pages. Bref, les historiens, au cas où cet ouvrage pourrait constituer un objet d'étude, auront très peu de matériaux et de repères.
Une situation très banale. En effet, Internet, en général, construction récente et à l'évolution fulgurante est un défi pour les archivistes. Aux États-Unis, Internet Archive, société privée de San Francisco, fait travailler des robots qui ont déjà engrangé 1,2 milliards de pages et en ajoutent 120 millions de nouvelles chaque semaine. Sont ainsi stockés 30 To (téraoctets) à comparer aux quelque 100 To que " pèse " vraisemblablement le Web à un instant donné (sans les images ni les sons).
Ceci dit, l'internaute trouvera, sans chercher beaucoup, pas mal de témoins du passé de la Toile : les sites abandonnés - jamais mis à jour ? ne disparaissent pas, pourvu que l'ordinateur qui les héberge continue de tourner en routine. Les sites fantômes sont même l'objet de collections. Mais le tout deviendra inaccessible lorsque les progrès technologiques auront rendu obsolètes nos ordinateurs, nos disques durs ; les routeurs et les serveurs du Réseau actuel. Il en sera de même de nos fichiers sur nos machines…
Que ces puissantes réflexions sur la fugacité des œuvres humaines, celles des webmestres en particulier, ne vous détournent pas de profiter du contenu de nos pages, ou de l'apprendre par cœur ou de l'imprimer. L'achat d'un graveur sur dalles de granit n'est pas compatible avec notre budget.


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[R] Encadré
Les frigos

Les répertoires de liens, que nous appelons Kiosques, où l'internaute se voit offrir de cliquer sur les adresses rangées par thème, assorties d'une présentation succincte, pour accéder à des sites a priori utiles et intéressants, sont d'un entretien délicat et chronophage. De temps en temps, nous revisitons les sites indexés, pour voir - au minimum - s'ils sont toujours accessibles. Si, au bout de plusieurs essais et tentatives de récupération, l'échec est patent, la notice du site " mort ou en catalepsie " est déplacée vers le bas du kiosque, au frigo, où leur entassement 1) rend compte du sérieux et de la conscience professionnelle du webmestre ou du stagiaire commis à cet examen, 2) laisse la possibilité de contrôles ultérieurs, 3) garantit que le site sera réintégré parmi les vivants facilement, dès qu'on aura appris où il s'était caché, 4) signale aux webmestres négligents qu'ils peuvent passer pour morts, 5) offre à l'internaute un mémorial propre à inspirer la cybernostalgie.
Les kiosques du Courrier de l'environnement ?
Un kiosque généraliste et 5 kiosques plus spécialisés en Animaux, Eaux, Forêts, Paysage, Espèces animales menacées, Réchauffement planétaire. On y accède depuis la page d'accueil.
Le plus gros frigo ? Celui du site www.inra.fr/OPIE-Insectes/pa.htm, le carrefour de l'entomo-écologie. Mais le sujet est de plus en plus présent sur la Toile, grâce au développement continu de beaucoup de sites et à des naissances. Pages embryonnaires, mues, essaimages, migrations, réseau de liens (échange de gènes ?), plagiats (ou repompages, c'est le réseau trophique…), diapauses, mort. C'est vivant ! Mais que deviennent les octets, à quel humus contribuent-ils ?

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