Agriculture urbaine


Nature, agriculture et ville
les mutations d'usage des marais cultivés au coeur des villes


Ce texte correspond à la deuxième partie d'une intervention au Symposium international Paris-Québec, La réhabilitation des cours d'eau en milieu urbain, 28-30 septembre 1998.

Sommaire :
Introduction
1-Un processus historique d'évolution d'une agriculture urbaine
a-L'eau, un enjeu pour deux métiers
b-l'appropriation par les jardiniers
c-Les nouvelles menaces.

2-Les valeurs nouvelles des marais
a-Les marais, entre patrimoine et paysage
b-Les nouveaux usages

3-Quelle gestion des marais urbains
a-La gestion durable d'un site de marais
b-La gestion de l'eau
c-L'organisation de la protection
d-La philosophie du financement
Conclusion



UN TERRITOIRE AGRICOLE PERI-URBAIN SOUS LE SIGNE DE L'EAU : LES MARAIS MARAICHERS

Au visiteur, les centres d'Amiens et de Bourges apparaissent étonnants : une cathédrale gothique du 13ème siècle, parmi les plus belles et les plus vastes de l'Europe, domine les marais voisins, devenus par l'expansion urbaine le coeur vert de ces villes anciennes. La Bourges ancienne a été construite à l'extrémité du plateau berrichon, au-dessus de la confluence de trois vallées marécageuses, qui constituent un véritable château de marais. La voie ferrée est le seul axe de communication qui emprunte le flanc de la vallée, renforçant ainsi la coupure entre le nord et le sud de l'agglomération. Amiens est beaucoup plus proche de sa rivière, donc de ses marais, à cause de l'importance ancienne de la navigation ; son marché aux légumes sur l'eau, restauré récemment, est célèbre.

La dynamique agricole a marqué les campagnes amiénoise et berrichonne du sceau du gigantesque, mais aussi des vides humains et paysagers : parcelles immenses, systèmes d'irrigation spectaculaires, grande taille des exploitation. Elle sont à l'échelle des autoroutes qui les traversent. Par opposition, les vallées sont des lieux de l'eau, de l'intimité, du refuge. La protection de ces espaces devient impérative, car ils sont détruits à force d'être désirés.

Ces caractéristiques premières constituent ces marais, aux formes voisines, en remarquables exemples de la nouvelle agriculture urbaine.

[R]

1-Un processus historique d'évolution d'une agriculture urbaine

a-L'eau, un enjeu pour deux métiers

Dans les deux villes, l'eau est au centre de l'économie traditionnelle. La Somme est une rivière large et tranquille, navigable pour des bateaux au tirant d'eau est limité ; sa vallée comporte un grand nombre d'îles, entre lesquelles on a ménagé des chenaux navigables. Le substrat de ces îles est fait de tourbe, dont l'exploitation a fait apparaître des étendues d'eau peu profondes. Le développement du maraîchage est précoce, dès l'époque romaine, semble-t-il ; au moyen-âge, il est suffisamment développé pour figurer dans la sculpture profane de la cathédrale.

A Bourges, ni l'Yèvre ni la Voiselle ne sont navigables ; le premeir aménagement du site, à partir du 12ème siècle, cherche à capter l'énergie hydraulique par les premiers moulins. Jusqu'au début du 16ème siècle, il n'y est pas question de maraîchage professionnel, les domaines privés suffisant aux besoins (CHATON, 1984). Tant que les vallées sont propriété de la ville, elles ne servent qu'à la cueillette de l'herbe estivale ; il faut leur vente aux Jésuites par la ville endettée, au milieu du 17ème siècle, pour que naisse véritablement le maraîchage berruyer. Ils perçoivent en effet la croissance de la demande locale en légumes et organisent l'assainissement du marais ; le développement est rapide, puisqu'en 1679, 70 maraîchers étaient déjà inscrits sur le rôle des métiers. Tout au long du 19ème siècle, le maraîchage progressera, accompagnant la croissance démographique des villes. Corollairement, le marché aux légumes a été institué, avec l'aménagement des halles et la réglementation publique.

La production maraîchère a un caractère local et profondément liée au processus même d'urbanisation, en particulier celle des légumes verts, difficiles à conserver et à transporter. Devant leur qualité à la régularité de l'approvisionnement en eau, ils étaient cultivés en marais, alors que les gros légumes (chou, oignon sec, puis pomme de terre,) sont plus tolérants et se contentent des champs agricoles. L'exploitation de production légumière agrégeait ainsi, sauf spécialisation, plusieurs terroirs de production. La coexistence de cette activité avec celle des moulins est difficile, à cause du désaccord latent sur le niveau ou le débit de l'eau. A Bourges, la Révolution provoque la perte de l'unité de propriété entre le moulin et le marais, et le début des rapports conflictuels entre maraîchers et meuniers.

Dès la fin du 19ème siècle, les métiers de l'eau régressent ; les moulins berruyers, trop dépendants des rythmes saisonniers, sont concurrencés par les autres formes d'énergie. La navigation picarde, vaincue par le camionnage routier, disparaît après 1945 ; les quais d'Amiens sont presque abandonnés. Il en va de même du maraîchage ; le chemin de fer a permis la spécialisation régionale de bassins de production de fruits et légumes, ce qui fait reculer partout le maraîchage périurbain. A Bourges, on en comptait plus de 120 au début du 20ème siècle, encore 80 dans les années 30, et seulement une douzaine dans les années 50 ; le dernier maraîcher s'est arrêté en 1976. Les Halles ont cessé de fonctionner en tant que telles dans les années 60. Des centaines de maraîchers d'Amiens du siècle dernier, il ne reste qu'une poignée en 1990, ne cultivant qu'une trentaine d'hectares contre un millier un siècle plus tôt.

Au fur et à mesure de sa déprise, l'espace maraîcher est perçu par les élus et les aménageurs comme disponible. Aussi est-il logiquement voué à l'urbanisation, pour y localiser des extensions urbaines, développer le systèmes des égouts ou des infrastructures. A Bourges, la ville s'étend sur les marais, en y conservant souvent la présence de l'eau. C'est le jardin des Prés-Fichaux, dans les années 30. Après la guerre, on aménage dans les marais Saint Paul le parc des Expositions, un terrain de camping et une zone verte ; le lac d'Auron et l'avenue de Robinson ont fait disparaître l'essentiel des marais sud. Le marais du Mavois accueille le centre nautique et un peu plus loin, la station d'épuration. A Amiens, les marais perdent plus de 700 ha, pour l'aménagement du quartier de Beauvillé et du parc Saint Pierre ; vers le nord-ouest, ils reviennent à l'état de prairies. En 1975, il n'en reste que 300 ha, qui doivent être largement entamés pour laisser place à la rocade. La disparition des marais est annoncée.
[R]
b-l'appropriation par les jardiniers

Mais il s'est produit un événement marquant, le développement des jardins familiaux, qui vont prendre le relais du maraîchage. Les deux villes ont en commun d'être industrielles, tout en restant de taille modeste ; leurs ouvriers sont surtout venus de la campagne voisine . Cette population ouvrière traditionnelle s'est appropriée les marais au fur et à mesure de retrait des maraîchers ; les marais de Bourges accueillent 800 jardiniers sur 1500 parcelles ; ceux d'Amiens en accueillent plus de 2000. Si l'urbanisation s'est faite néanmoins, c'est que les propriétaires avaient trop à gagner pour laisser en production, et que le groupe social des jardiniers n'était pas organisé. Corollairement, c'est la lutte contre la rocade qui a uni les usagers des derniers marais d'Amiens. Cette mutation a été confortée par la qualité de zone humide, à laquelle la politique de défense de l'environnement s'attache beaucoup, depuis la prise de conscience écologique initiée dans les années 60.

L'organisation de la production a changé ; pour la plupart des jardiniers amateurs de Bourges, le marais est le seul lieu de production, ce qui a fait diversifier les espèces cultivées. La cabane à outils, la forme du potager sont les parties visibles de cette nouvelle forme d'usage. Le droit de pêche qui jadis appartenait aux meuniers est repris par les propriétaires riverains et les jardiniers ; le droit de l'eau a cédé à celui de la terre.

La dynamique de transformation des usages se prolonge : les marais accueillent maintenant de plus en plus de jardins de plaisance. Le bâti est très différent ; il devient plus coquet, fait appel à d'autres matériaux. L'espace perd son aspect strictement utilitaire, et la balancelle devient fréquente. Une nouvelle végétation apparaît ; en particulier le saule pleureur devient courant, symbole du petit parc de plaisance. Le paysage tend ainsi à se fermer. La plaisance s'élargit aux jeux de l'eau. Dès la fin des années 30, le maire de Bourges essayait de limiter la baignade, mal accueillie des riverains ; les rieux d'Amiens s'ouvrent au kayak. Sur la Somme, le tourisme nautique recrée une animation et commence à s'approprier les quais désertés.

c-Les nouvelles menaces.

L'usage des marais devient donc d'essence plus résidentielle ; c'est un changement très profond, visible en beaucoup de lieux (voir par exemple LEES et PERIOZ, 1994). Alors que dormir dans la cabane du jardin potager est spontanément exclu, sauf contrainte particulière, dormir dans sa résidence secondaire l'est beaucoup moins. L'apparition d'un habitat plus sédentaire est donc dans la logique de l'évolution sociale, qui introduit un gradient spatial fort du bord au centre du marais. Les marais courent le risque de l'autodestruction, sous l'effet de plusieurs processus :

Ce dernier processus est à l'oeuvre sur toutes les périphéries ; dans les deux villes, on peut y voir un habitat résidentiel banal, qui dissimule en partie le marais lui-même au regard, et facilite ainsi ces dynamiques de disparition.

[R]


2-Les valeurs nouvelles des marais

Les marais sont devenus un fort enjeu social, notamment entre l'agriculture, mode d'exploitation, et un certain idéal de nature. C'est maintenant en terme de patrimoine et de paysage qu'est vu l'avenir de cet espace à faible réversibilité d'usage ; qu'en cesse l'entretien, et le marais disparaît. En même temps de nouveaux usages se développent.

a-Les marais, entre patrimoine et paysage

La société contemporaine éprouve une nostalgie du passé, et s'investit particulièrement sur les sites de marais, sans que ceux qui y vivent la partagent nécessairement. Un document de l'association de défense des hortillonnages d'Amiens témoigne de l'effort syncrétique de prise en compte des patrimoines du site : la flore et la faune sont celles des milieux humides (...); depuis des siècles, les hortillonnages ont conservé le même aspect, les mêmes techniques (...); l'homme qui y travaille, l'homme qui y repose. A tous ces patrimoines sont associés des paysages qui les identifient.

Le patrimoine des métiers. Ce sont ceux de l'eau. Les Moulins sont à Bourges un trait encore perceptible de l'histoire urbaine. Ce patrimoine est encore peu identifié, mais des protections et des aménagements commencent ; l'installation de l'association des jardiniers dans un ancien moulin symbolise la victoire de ces derniers. La navigation professionnelle, disparue de la Somme, n'a laissé que des vestiges (les quais, les chantiers et des usines désaffectées) ; ce patrimoine industriel, consubstantiel de la ville, est encore négligé.

L'organisation spatiale la plus visible est celle de l'aménagement hydraulique des marais : écluses, ports (il y a un port au fumier dans les deux sites). Ces systèmes, remarquables d'ingéniosité, restent encore mal connus. Le marais cultivé est aussi le lieu d'invention d'un système agraire original complexe, partie intégrante du monde des zones humides ; c'est aussi un lieu de cueillette de poisson, voire de pisciculture et de productions annexes (les saules blancs ont été cultivés pour produire les liens nécessaires à l'horticulture). L'accès aux jardins se fait encore beaucoup par les chemins de l'eau, coulants ou rieux ; il faut donc des quais, lieu des échanges entre la terre ferme et le marais, et des barques (chaland à Bourges, barque à cornet à Amiens). Il existe des références traditionnelles sur ces engins de déplacement.

Si le patrimoine est encore négligé, les images de ces marais sont fortes dans la population, où l'appropriation collective de son paysage est apparue dans les deux villes au début du siècle, temps des guinguettes, puis des restaurants. Actuellement, les images anciennes sont valorisées :

Il y a même une certaine réinstallation de production professionnelle, faible à Bourges où un horticulteur professionnel (plantes en pot, sapin de Noël) s'est installé, plus net à Amiens, où l'association des usagers fait un effort pour maintenir, voire encourager le retour de maraîchers ; elle a même pu aider un jeune à s'installer.

le patrimoine social des jardins.Si le jardin est d'abord producteur, il représente aussi dans l'espace familial le domaine masculin. L'architecture individuelle des habitants paysagistes (selon la forte expression de B. LASSUS) s'y développe, autour de la cabane, faite de bric et de broc ; elle accueille toutes ces choses récupérées qui pourraient servir , ou simplement que l'on ne veut pas les jeter. Quand cette cabane s'est agrandie en maison, et que la plaisance domine sur la production potagère, l'esprit original des lieux se fait sentir ; on observe à Amiens l'inventivité étonnante des ponts mobiles (ponts-levis et ponts roulants) qui rendent conciliables la navigation et l'accès de l'automobile, témoignent de l'ingéniosité des gens.

le patrimoine écologique.Les zones humide récente sont à la mode, ce qui fait donner une valeur particulière à ces sites, bien que, dans sa vérité, le marais maraîcher se limite aux productions utiles ou indifférentes. Il est remarquable de voir le prestige nouveau de la roselière, symbole même de l'abandon d'entretien ; la promenade de Gérard Guillot, rapportée par CHATON (1984) en fait un inventaire remarquable. La conscience vient lentement de la nécessaire distinction au sein de la flore et de la faune : celles qui sont associées à la production (saules blancs ou poissons) ; celles qui n'ont pas d'utilité en soi, mais servent à construire l'identité du lieu ; celle enfin qui est marque d'abandon. Ainsi, Amiens vante-t-elle dans sa promotion touristique la faune des marais, quel qu'en soit le sens; si l'avifaune aquatique ou la grenouille sont bien vues (entre autres, des chasseurs), le ragondin est une espèce bien nuisible. La végétation la plus remarquée est aussi celle qui identifie le mieux le défaut d'entretien d'un marais cultivé...
[R]
b-les nouveaux usages.

S'ils sont très divers, on peut retenir trois grands axes. Le premier est défini par les valeurs de thérapie sociale (WEBER, 1996) :

Le second concerne la découverte pédagogique qui commence d'être organisée. Le jardinage d'école est parfois envisagé ; mais, c'est surtout la valeur écologique de l'environnement humide qui fait l'objet d'attention. Amiens s'est ainsi dotée d'un centre bien aménagé sur l'île aux Fagots, fréquenté par les écoles.

Le dernier axe est celui du tourisme. L'accès au marais est organisé à Amiens, envisagé à Bourges ; mais les populations usagères manifestent leur réticence. L'association des hortillonnages a la volonté de s'en servir, mais de le limiter à ceux qui manifestent réellement de l'intérêt . D'autres possibilités existent, anciennes (cafés-restaurants, exploitant le cadre créé par l'activité jardinière et l'ambiance hydrovégétale) ou la promenade terrestre, au moins en périphérie du marais.

Ces nouveaux usages répondent à des questions sociales, mais aussi au besoin de découvrir d'autres soutiens à la gestion des marais, que les usagers jardiniers n'assument plus comme le faisaient les anciens métiers.

[R]

3-Quelle gestion des marais urbains ?

a-la gestion durable d'un site de marais

La gestion habituelle doit satisfaire à plusieurs attentes : maintenir l'état des lieux, édicter les principes de contrôle, et surtout en faire partager la responsabilité par les acteurs contemporains. L'esprit du marais est d'abord la séparation voulue de la terre et de l'eau, qui exige un entretien permanent ; il y a une liaison nécessaire entre l'entretien des canaux et la gestion de la fertilité. Cet esprit est aussi donné par l'état de terroir cultivé : terre et eau, en tant que milieux de production, doivent conserver leur propriétés ad hoc. De plus, ce maintien est un élément fort de sociabilité.

L'entretien des marais en l'état agricole est lourd, car ce milieu n'est pas en équilibre : la terre de marais est en effet très grumeleuse et peu cohérente ; émiettée par les pluies, elle retourne à l'eau. C'est une question latente, puisque, déjà, en 1933, le maire de Bourges fustigeait les maraîchers : vous êtes les artisans de la situation (désastreuse) ; vous obstruez tous les fossés. Cet entretien implique plusieurs opérations :

Ces opérations sont mécanisables, du moins pour les canaux les plus larges ; un équipement spécifique devra être mis au point pour les plus petits. La responsabilité individuelle peut être déléguée ainsi à une entreprise, mais le coût des travaux doit être partagé.

Le système de culture est original. Il utilise quelquefois le limonage, mais surtout le renouvellement de fertilité par les boues de curage, qui sont compostées avec les déchets végétaux. Cette obligations d'accueillir sur chaque parcelle les vases est moins bien acceptée sur les pelouses ; les clôtures font souvent obstacle.
[R]
b-la gestion de l'eau

Tout marais est nécessairement clos par un système de digues et le débit de l'eau y est régulé par un système de vannes (nommées pelles à Bourges). L'entretien du système périphérique fait appel par essence à des moyens lourds, donc collectifs, mais dont la charge revient aux propriétaires. Il faut ensuite assurer la permanence du réseau hydraulique de circulation : maintien de la navigabilité des canaux (profondeur suffisante, absence d'obstacles transversaux) et l'accès aux ports, dont les quais doivent être entretenus. De plus, les moyens de navigation font partie de la gestion : la vitesse de circulation doit rester faible, afin d'éviter les remous qui altèrent les berges, et l'usage de moteurs réprouvé, à cause du bruit notamment. La barque traditionnelle en usage s'impose comme élément de l'identité.

Un problème relativement nouveau est celui de la qualité de l'eau. D'une part, elle arrive déjà chargée d'une certaine pollution d'amont, due notamment aux systèmes techniques agricoles de l'agriculture des plateaux (Champagne berrichonne et Picardie). D'autre part, les systèmes techniques du jardinage sont souvent polluants, en particulier en agriculture ornementale de loisir : la variété des produits aperçus dans certaines abris est impressionnante et la prescription se fait souvent de bouche à oreille. Les nouveaux usages résidentiels sont générateurs d'eaux usées domestiques, d'évacuation est difficile. Il faut donc mettre en place un contrôle régulier de la qualité des eaux en amont et aval, en utilisant les bio-indicateurs et les analyses classiques.

La question de l'eau renvoie donc à une table de négociation avec les groupes utilisateurs : agriculteurs irrigants et jardiniers, notamment, mais aussi d'autres utilisateurs (écologistes). C'est une démarche difficile pour nombre de jardiniers, peu habitués à échanger et souvent portés à des pratiques individuelles néfastes, tel le percement des digues.

c-l'organisation de la protection

Le classement du site est considéré avec appréhension, face à l'ensemble des contraintes que cette procédure apporte, et surtout la crainte qu'elle soit appliquée sans discernement. Mais les forts risques de dégradation le rendent cependant souhaitable ; il est clairement envisagé à Bourges.

Le classement au plan d'occupation des sols de la commune est l'instrument privilégié de la réglementation des usages. S'il est évident maintenant que l'on classe les marais en N (naturel) et non en U (urbain), on hésite encore entre deux catégories :

Les nouveaux regards portés sur les marais incitent le ministère de l'Environnement et de nombreuses associations naturalistes à suivre de près ces espaces, ce qui peut faire craindre une certaine dérive. Mais les nouveaux usagers assument mal leurs obligations d'entretien ; ils attendent l'intervention publique, ce qui renvoie à la question du financement public, et corollairement, à ses exigences en retour (cahier des charges).

d-la philosophie du financement

Les charges liées à l'entretien : ensemble du système (digues et contrôle de niveau), curage et faucardage des coulants, gestion des arbres, gestion des itinéraires aquatiques et terrestres de cheminement. L'entretien traditionnel était motivé par le souci de l'outil de travail qu'était le marais pour le maraîcher (propriétaire) ; mais cette motivation a disparu. Il faut donc y suppléer.

Trois moyens de financement sont concevables :

Cela requiert une organisation collective forte (association foncière, à laquelle l'appartenance devra être obligatoire), dès que la cohésion sociale spontanée n'est plus suffisante. Mais il faut aussi faire assumer un changement d'attitude par les jardiniers ; c'est difficile, car les groupes sociaux assument difficilement de tels changements . L'appel aux ressources publiques implique un cahier des charges clair, dont les principaux éléments ont été analysés ci-dessus. Le contrat territorial d'exploitation pourrait offrir un cadre réglementaire intéressant.

Un système de négociation doit donc être mis sur pied associant les usagers et les pouvoirs publics. Une forte activité de promotion près des pouvoirs publics est nécessaire pour assurer en retour leur soutien. L'association des usagers d'Amiens a ainsi reçu le prix nature et patrimoine en 1985 et le label Paysages de reconquête en 1991 ; les Hortillonnages sont un site protégé, élu par l'UNESCO avec 5 autres sites.
[R]

En conclusion

Les marais d'Amiens et de Bourges témoignent bien des problèmes que pose le passage d'un espace agricole de production au registre urbain, où les valeurs de paysage, de culture et d'autres aménités sont fortes. Les mutations des marais ont connu des formes diverses :

C'est un cas remarquable de réhabilitation de l'eau en ville.

Cette transformation du rôle des marais périurbains illustre clairement les mutations de l'agriculture périurbaine en agriculture urbaine. Les formes en sont très variées, mais les concepts commencent d'être clarifiés :

Dans les nouveaux contextes de régression des ressources publiques, l'espace agricole périurbain est vraiment une opportunité à saisir pour le réaménagement de la ville. C'est une des grandes problématiques de la ville émergente.

[R]


Remerciements

L'auteur remercie Alain Mazaq, paysagiste chargé de l'étude du classement des marais de Bourges, avec lequel il collabore.

Bibliographie

CADENE Philippe, 1997. Les couronnes périurbaines, des périphéries au coeur des dynamiques urbaines, in Agriculture, Forêt et périurbanisation, Séminaire Bergerie Nationale de Rambouillet.

CHATON Robert, 1984. Marais et moulins de Bourges, éd. Delayance,

FLEURY André et DONADIEU Pierre, 1997. De l'agriculture périurbaine à l'agriculture urbaine in Courrier de l'Environnement, n° 31.

HERVIEU Bertrand et VIARD Jean, 1996. Au bonheur des campagnes et des provinces. Ed. de l'Aube.

LEES Christiane et PERIOZ Pierre, 1994. Le jardin de France au péril de la ville ; place et évolution de l'activité agricole dans le grand Avignon, in Bull. Assoc. Géogr. Franç. n°2.

LUGINBUHL Yves, 1995. La demande sociale de nature et les espaces périurbains, in Actes de l'atelier de recherche, l'agriculture dans l'espace périurbain. Bergerie Nationale de Rambouillet.

WEBER Florence, 1996. Les apports sociologiques des jardins familiaux, in Actes du colloque : les jardins familiaux, un nouveau projet social, organisé par le CR Ile-de-France (AEV et IDEAL).
[R]


Ces pages sont tenues par Nathalie Dumont-Fillon, paysagiste, qui vous remercie à l'avance de vos remarques et suggestions