Agriculture urbaine    


1998, Actes Sud / École nationale supérieure du paysage de Versailles
par Pierre Donadieu
photographies de Gérard Della Santa
De plus en plus convoitées, les campagnes proches des villes se peuplent chaque jour d'avantage, même si l'environnement qu'elles proposent comble rarement les rêves de nature des citadins. Qu'ils viennent y pratiquer leurs loisirs ou s'y installer, ils sont en effet avant tout guidés par la quête d'un territoire idéal. Comment les campagnes agricoles et forestières peuvent-elles devenir urbaines, c'est à dire appropriables et habitables, tout en conservant le charme et la poésie d'un paysage naturel ? Comment y garantir l'ordre rassurant des champs et des bois, en tenant compte des mouvements incessants de la nature, de la société urbaine et de l'économie agricole ? Comment arrêter le temps et simultanément le laisser s'écouler ?
C'est à cette délicate et nécessaire métamorphose spatiale et sociale que convie le projet de campagnes et d'agricultures urbaines, conçu avec la complicité des habitants, la compétence des agriculteurs et la médiation du paysagiste : une utopie réaliste.

Lire la recension qu'a faite de l'ouvrage André Fleury dans le Courrier de l'environnement n°36 (mars 1999).

INTRODUCTION
(de l'auteur)

Campagne urbaine : il ne s'agit pas simplement de flâner aux limites des villes et du monde rural, mais de reconsidérer les relations entre la ville et la campagne, entre la culture urbaine et le monde agricole. L'humanité on le sait, devient de plus en plus urbaine : cinq milliards et demi de citadins en 2025 ! Un terrien sur deux habite aujourd'hui en ville - La ville et la campagne peuvent-elles continuer à s'opposer en Europe, alors que les territoires ruraux ne se dépeuplent presque plus et que les citadins viennent à nouveau y habiter malgré la mobilité qui en découle ?

Cet ouvrage en forme d'essai propose une thèse : au lieu de chercher en vain à contrôler la croissance de la ville par des réseaux de ceintures, de fronts et d'espaces verts, pourquoi ne pas construire le tissu urbain avec les espaces agricoles et forestiers ? Pourquoi l'agriculture périurbaine ne pourrait-elle pas être considérée par les aménageurs comme un outil d'urbanisme capable d'organiser durablement le territoire des cités ?

La proposition peut paraître surprenante, voire utopique. La ville s'est en effet presque toujours développée aux dépens des espaces agricoles, en ménageant les espaces boisés et en créant des parcs et des jardins publics. Mais cette tendance n'est pas générale. A travers le monde de nombreuses agglomérations conservent des espaces agricoles, en créent même de nouveaux ou en recréent. Entre les pavillons, sur les toits des immeubles, au bord des aéroports ou le long des autoroutes, on cultive des céréales, des vergers, des vignes ou des légumes ; on élève des chevaux, des poules ou des poissons.

Non seulement l'agriculture persiste, mais elle se renouvelle du fait des besoins des citadins. Elle les nourrit, certes. mais en même temps produit des espaces de nature en général fort appréciés du voisinage.

Comment conserver ces espaces de nature promis à la construction ? Comment organiser des quartiers urbains dont les habitants s'approprieront les espaces agricoles comme des jardins publics, et qu'il sera hérétique - à terme - d'imaginer même supprimer ?

L'enjeu n'est pas seulement l'alimentation des citadins. comme dans les pays en voie de développement, mais la qualité de la vie urbaine dans une ville moins dense et moins compacte que celle produite par les processus habituels d'urbanisme.

Certes, toutes les formes d'agriculture ne conviennent pas, les plus nuisantes surtout. Sans aucun doute les formes agricoles traditionnelles et nostalgiques ne sont pas les seules possibles. Aussi, pour inventer ces campagnes métissées, produites par des agriculteurs qui aiment la ville et ont besoin des citadins, est-il nécessaire d'inventer de nouveaux projets de territoires : des espaces en forme de parcs qui accueilleront les citadins et leur offriront des produits de qualité. Des espaces où l'agriculteur-entrepreneur capitalisera son savoir et ses revenus sur un sol dont le destin ne sera pas d'être construit, mais d'être transmis à d'autres agriculteurs.

Pour plaider cette cause, cet ouvrage se situe à la croisée de plusieurs disciplines : la géographie, l'agronomie, l'urbanisme et le paysagisme... pour peut-être en inventer une cinquième. Le lecteur jugera. Il constatera que cet essai est surtout structuré avec les idées de paysage qui sont débattues aujourd'hui en France. Nul terrain n'est plus favorable pour les appliquer que les périphéries des agglomérations où se localise aujourd'hui la plus grande partie de la croissance urbaine, où de nouvelles manières d'habiter la ville invitent à en revoir les définitions habituelle.

L'espace périurbain est aussi devenu le lieu de nouvelles pratiques professionnelles d'aménagement du territoire : les architectes-paysagistes y sont aujourd'hui conviés pour redonner à ces espaces une cohérence perdue ou leur en offrir une nouvelle. Cet ouvrage fait le pari de rapprocher deux mondes qui s'excluent autant qu'ils se désirent : celui de l'agriculteur et celui du citadin. Le métissage de ces cultures est-il possible ou souhaitable, et dans quelles conditions peut-il se faire pour le plus grand profit d'une ville mieux habitable ? Ni encyclopédique, ni technique, cet essai tente de fournir une réponse sous la forme d'un projet de territoire mi-rural, mi-urbain, à la manière d'une utopie réaliste.


Au sommaire :
L'agriculture urbaine : réalités et utopies ; - Les nouvelles campagnes péri-urbaines ; - La campagne urbaine : une utopie réaliste ; - Les citadins dans les campagnes urbaines ; - Nouvelles agricultures ; - Les campagnes paysagistes ; - Vers de nouvelles pratiques d'aménagement.

Commandes à l'ENSP : Pierre Donadieu ou Pierre François Mourier (service éditions)
Actes Sud
Le Méjan, place Nina-Berberova, 13200 Arles.
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