Agriculture urbaine    


De Paris à Tunis, les processus de transformation des espaces agricoles péri-urbains

Sujet de thèse en cours, par Mouez Bouraoui

En France comme en Tunisie, les comportements sociaux des citadins évoluent, notamment dans le milieu péri-urbain. La ville apparaît comme un lieu d'inquiétude et la campagne se transforme en un refuge apprécié des citadins. Ainsi, l'espace agricole en périphérie des villes s'est vu investi par d'autres «consommateurs» de l'espace dont la majorité est d'origine urbaine. Le monde rural change donc de signification sous le regard des habitants des villes et des campagnes : on parle alors de mise en paysage de l'espace rural où de nouvelles pratiques sociales de loisirs apparaissent.

La croissance urbaine s'est accompagnée d'une série de transformations des espaces péri-urbains. Confrontée à des pressions foncières et financières, l'agriculture périphérique des villes a été fragilisée, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi parce que la valorisation d'un espace vide cultivé apparaît rarement prioritaire par rapport à d'autres destinations (la construction ou l'espace vert boisé).

Cette logique de dévalorisation et d'expulsion a en effet des conséquences connues : la compaction du tissu urbain et la construction des espaces agricoles que les planificateurs urbains essayent de compenser par la création d'espaces verts coûteux à créer comme à entretenir. Ce qu'on ignore assez souvent, c'est que l'utilité de l'espace agricole urbain ne réside pas uniquement dans sa dimension économique, mais que, en tant qu'espace ouvert, l'agriculture occupe également d'autres fonctions (urbanistiques, sociales, écologiques...) qui sont aussi importantes que la seule valeur des produits agricoles.

Face à ce constat, notre ambition serait donc de décrypter les enjeux liés à la conservation des espaces agricoles en milieu péri- et intra-urbain. La nature des pratiques des agriculteurs et la qualité du cadre de vie offert aux citadins permettent-elles à l'agriculture péri- et intra-urbaine de trouver la place que lui attribuent aujourd'hui des projets sociaux et politiques d'organisation alternative du tissu urbain ?

Dans le cadre de la région francilienne, nous proposons d'étudier l'ensemble des processus de transformation des espaces agricoles péri-urbains sur un site susceptible d'apporter des réponses tangibles à l'hypothèse et aux objectifs annoncés par notre recherche : le plateau de Saclay. Celui-ci se trouve à 15 km au sud-ouest de Paris et regroupe 14 communes.

Si nous avons choisi ce site, c'est parce qu'il présente pour notre recherche un double intérêt qu'on retrouve dans le plan d'actions paysagères récemment établi par le district du plateau de Saclay : un intérêt urbanistique concernant la limitation des constructions, et un intérêt paysager visant la conservation et la mise en valeur des espaces agricoles aux alentours.

En effet, l'étude de l'exemple du plateau consistera à mettre en évidence les principales règles qui seront appliquées, afin de construire un premier modèle de la transformation d'un espace agricole relictuel en élément vert du tissu urbain.

En Tunisie, où une partie importante des campagnes entourant les villes (le « rif ») est quasiment intacte, mais fortement menacée par l'extension urbaine, la notion de péri-urbain prend une dimension particulière.

Dans le cadre d'une politique d'aménagement du territoire, qui remonte à une vingtaine d'années, mais plus activement depuis 1990/1991, on voit apparaître un souci de contenir l'expansion urbaine des grandes villes (Tunis, Sousse, Sfax, etc.). Face à cette expansion, les modes d'occupation privilégiés de l'espace péri-urbain tunisien, que sont le « jnan » (espace maraîcher) ou la « sania » (le verger), demeurent les premiers concernés.

Comme pour le plateau de Saclay, le site de la plaine de Sijoumi à Tunis, est en effet confrontée depuis la fin des années soixante-dix à une pression urbaine de plus en plus forte.

Mais, contrairement au plateau de Saclay, aucune décision visant la conservation des espaces agricoles périurbains de Sijoumi dans un plan général d'évolution urbaine n'a été prise.

Ainsi, dans ce contexte culturel différent où la campagne périurbaine semble très liée à la ville, comme dans la plupart des régions méditerranéennes, nous poserons la question de savoir si l'on peut transposer le même projet d'agriculture urbaine du plateau de Saclay à la plaine du Sijoumi, et dans quelles conditions sociales, juridiques, foncières et économiques.


[R] Page mise à jour en juillet 1999

Photographies de Jacques de Givry